« Turning Point. Le 11-Septembre et la guerre contre le terrorisme », sur Netflix : plan large sur quarante ans d’erreurs et d’aveuglement

Image des attentats du 11 septembre 2001 à New York, extraite du documentaire de Brian Knappenberger, « Turning Point. Le 11-Septembre et la guerre contre le terrorisme ».

NETFLIX – À LA DEMANDE – SÉRIE DOCUMENTAIRE

Brian Knappenberger a pris le temps. Dans sa série en cinq épisodes d’une heure environ, il y a les images et le son dramatiques des attentats, de Guantanamo et de la guerre en Afghanistan. Pour raconter ces histoires, le réalisateur s’est intéressé aux moments décisifs – les « turning points » – de la politique des Etats-Unis, qui ont transformé leur place dans le monde.

Pour dérouler le fil des événements et en saisir l’impact, des allers-retours temporels qui, loin de perdre le spectateur, permettent de raccorder les menus détails aux enjeux géopolitiques. Le récit du 11-Septembre est ainsi rapidement contextualisé par un autre tournant décisif : celui de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et le soutien américain à la résistance religieuse des moudjahidine, en pleine guerre froide.

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Le deuxième épisode aborde la réaction américaine : le désir de vengeance et les scénarios pour l’assouvir. Le jour même des attentats, « on entendait le brouillard de la guerre dans les voix », se souvient Andrew Card, le chef de cabinet de la Maison Blanche, l’homme qui a appris la nouvelle au président George W. Bush alors qu’il faisait face à une classe d’écoliers en Floride. Dans les jours qui suivent, Washington impose le recours à la force, et la doctrine de la « guerre contre la terreur [“war on terror”] contre toutes les nations, organisations, forces associées ou personnes liées au 11-Septembre ».

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Spectaculaire recul des libertés

Ce flou autour de l’« ennemi à éradiquer » sera le tombeau de la stratégie de guerre qui va suivre en Afghanistan, vingt ans durant, et l’amorce aux Etats-Unis d’un spectaculaire recul des libertés. Face aux failles des services de renseignement, à la peur et à « l’hystérie » autour du risque terroriste, l’administration Bush s’enfonce dans des politiques illégales de surveillance, via l’écoute et la collecte massives de données – téléphoniques et sur Internet – et d’« interrogatoires renforcés » – la torture – notamment au camp de détention militaire de Guantanamo, extraterritorial puisque installé à Cuba.

Les allers-retours temporels, avec des images d’archives – parfois difficilement soutenables –, des histoires personnelles de témoins, des récits d’acteurs de l’époque, forment une captivante structure narrative. La variété des témoignages rares recueillis – de l’ancien chef moudjahid Gulbuddin Hekmatyar à un responsable taliban, d’ex-conseillers de la Maison Blanche ou responsables politiques américains à des agents du FBI et de la CIA, de journalistes, militants et avocats des droits de l’homme à des membres des armées américaine et afghane – élargit le prisme.

Le dernier épisode, incluant l’accord de Doha conclu en 2020 sous Donald Trump avec les talibans, ne rend pas compte du retrait américain d’Afghanistan et de la chute de Kaboul, en août, mais met en exergue la surprise de l’effondrement brutal de l’armée afghane.

Turning Point. Le 11-Septembre et la guerre contre le terrorisme, documentaire de Brian Knappenberger (EU, 2021, 5 x 60 min environ). Disponible à la demande sur Netflix.