« Un actionnaire activiste sera peut-être à l’origine de l’adaptation d’un mastodonte du pétrole à la transition énergétique »

L’histoire économique retiendra peut-être que c’est un actionnaire activiste qui aura été à l’origine du démembrement d’un mastodonte du pétrole pour l’adapter à la nouvelle donne financière de la transition énergétique. Si Daniel Loeb arrive à ses fins, bien sûr. Le patron du fonds américain Third Point a écrit à ses investisseurs, mercredi 27 octobre, pour leur annoncer une discrète entrée au capital de l’anglo-néerlandais Royal Dutch Shell. Objectif : obtenir une séparation de ses activités dans les hydrocarbures et dans les énergies renouvelables.

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Le groupe a « trop de parties prenantes tirant dans des directions opposées », ce qui débouche sur « un ensemble incohérent et contradictoire de stratégies destinées à apaiser de multiples intérêts sans en satisfaire aucun », dénonce-t-il. M. Loeb propose qu’une entreprise regroupe ses métiers historiques (pétrole et gaz, raffinage, chimie), une machine à cash donnant la priorité à un retour sur investissement pour les actionnaires. L’autre société, centrée sur le solaire, l’éolien, le gaz naturel liquéfié et la commercialisation, investirait massivement pour développer ces énergies.

L’activiste, qui en d’autres temps a secoué les dirigeants de Nestlé, d’Intel ou de Sony, est persuadé que la décarbonation y gagnerait en efficacité. Et, surtout, que la valeur combinée des deux entités serait supérieure à celle de Shell seul. Le géant pâtit d’une « décote de conglomérat » qui fait fuir les investisseurs, et son cours de Bourse se traîne (+ 15 % en dix ans). La capitalisation totale des deux pourrait atteindre 250 milliards de dollars (contre 180 milliards), a calculé RBC Capital Markets.

Un fonds de pension se retire

Le patron de Shell lui a répondu, jeudi, en marge de la présentation des résultats du troisième trimestre (+ 4,1 milliards de dollars). « Sans des compagnies comme la nôtre », capables de transformer le système énergétique par leur puissance et leur expertise, la transition sera « bien plus difficile », a estimé Ben van Beurden, dénonçant le court-termisme des hedge funds comparé aux engagements à long terme des fonds de pension, capables d’accompagner la compagnie dans la durée.

Pour combien de temps encore ? Au moment où M. Loeb débarquait, le grand fonds de retraite néerlandais ABP annonçait son retrait des énergies fossiles à hauteur de 15 milliards d’euros – y compris du capital de Shell. L’investissement de M. Loeb est de 750 millions de dollars, selon le quotidien Financial Times, soit 0,5 % de la capitalisation de Shell. Assez pour secouer la major centenaire et faire réfléchir ses concurrentes européennes, qui réorientent toutes une part de leurs abondants cash-flows vers les énergies propres.

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