Un apéro avec Asia Argento : « J’espère que je ne vais pas retomber en enfer »

Asia Argento, à Paris, le 22 septembre 2021.

« Un thé, ça ira ? Sinon, je commande de l’eau. Sur la photo, on pourra penser que c’est de la vodka. » Attablée une fin d’après-midi de septembre au restaurant d’un quatre-étoiles parisien des Grands Boulevards pour défendre son autobiographie Anatomie d’un cœur sauvage (Hors Collection, 320 pages, 19,90 euros) tout juste traduite, Asia Argento goûte sa boutade, allant jusqu’à discuter du choix du verre avec le photographe.

D’un naturel désarmant de simplicité, l’artiste italienne âgée de 46 ans a remisé son image d’éternelle rebelle au placard. Sur son smartphone, l’application « I am sober » recense 105 jours sans une goutte d’alcool. Et tant pis pour l’ivresse.

Elle paraît apaisée, prend son temps pour répondre en français, cherchant parfois ses mots en passant par l’anglais ou l’italien. Pourtant, elle revient de loin. En 2018, elle a perdu coup sur coup son compagnon, le chef Anthony Bourdain, qui s’est suicidé, et sa « grand-mère adorée » avant de faire face au décès de sa mère fin 2020. Elle qui a déjà vaincu par le passé une fibromyalgie, associant douleurs chroniques et une fatigue intense, se bat désormais pour faire le vide dans sa tête.

« Le problème chez moi, c’est ce comité de voix qui se réunit et me dit “Tu dois faire ça”, “Tu n’as pas fait ça”, “Pourquoi tu as dit ça ?”, confie-t-elle. Plus jeune, pour faire taire ces anges, j’avais l’alcool, la drogue, le sexe. Maintenant, ça ne marche plus alors j’ai dû trouver autre chose. »

Lire l’entretien avec Asia Argento (en 2014) : « J’ai grandi trop vite »

Résultat, elle médite matin et soir, aime à s’occuper des plantes vertes qui égaient sa terrasse romaine et à passer du temps auprès de ses enfants, entourée de ses livres et de sa musique. Elle s’est rapprochée de son père. Et a trouvé le plan parfait pour ses vieux jours : acheter une maison sur l’île sauvage où vit son vieil ami Pietro pour pêcher en toute tranquillité. Ultime satisfaction, sa psy a convenu avec elle de mettre un terme à seize années d’analyse. « Je suis bien, là. J’espère que ça va durer et que je ne vais pas retomber en enfer », lâche-t-elle avec une pointe d’inquiétude dans la voix.

Abandons, trahisons, fantômes

Il est vrai que, à lire son récit, Asia Argento a croisé dans sa vie des malheurs et des démons plus souvent qu’à son tour. « J’ai parlé davantage des gens qui m’ont fait du mal parce que j’ai fait ce livre pour oublier », se justifie-t-elle. Ecrit dans un style percutant sur les conseils de sa psy, Anatomie d’un cœur sauvage est habité d’abandons, de trahisons et de fantômes. « Longtemps, j’ai eu honte de montrer ma partie vulnérable, mes traumas. C’était plus facile de jouer la fille forte qui s’en fout. »

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