Un apéro avec Azouz Begag : « Pour beaucoup, j’étais le Zidane de la politique »

Azouz Begag, sous les dorures du Train Bleu, gare de Lyon, à Paris, le 13 septembre 2021.

Il nous fait signe du fond de la salle, un verre de sancerre à la main. « Vous avez vu, je m’entraîne ! », lance-t-il avec son sourire si grand qu’il donne l’impression de dévoiler toutes ses dents d’un coup. Azouz Begag vient d’apprendre que son dernier roman, L’Arbre ou la maison, publié en août aux éditions Julliard, a remporté le prix Albert Bichot, décerné par le jury Livres en Vignes et remis au château du Clos de Vougeot en Bourgogne, et ça fait bien marrer ce fils de musulmans qui boit peu (« le vin m’endort »). Certes, ce n’est pas le Goncourt, mais l’auteur, 64 ans, ne fait pas la fine bouche. Depuis Le Gone du Chaâba – trois millions d’exemplaires écoulés et une vingtaine de traductions depuis 1986 –, sa carrière d’écrivain (24 romans) n’a fait que décliner, jusqu’à passer sous les écrans radar. « Mon dernier livre n’a eu aucune recension presse, aucune ! Du coup, le Seuil, mon éditeur historique, m’a viré. Ça m’a foutu un sacré coup. » Il est comme ça Azouz Begag, un peu fou-fou. Il avoue des déconvenues que les auteurs taisent habituellement, soupire, se plaint, puis éclate de rire. Avec ce nouveau récit autobiographique sur l’impossible retour au pays d’origine, l’Algérie, il goûte le plaisir de renouer avec ses lecteurs. Ce jour-là, il revient des rencontres littéraires de Nancy et on le retrouve sous les moulures et les ors du Train Bleu, à Paris, où il attend le dernier TGV du soir pour Lyon.

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C’est là-bas que tout a commencé ou plus exactement juste à côté de la capitale des Gaules, dans le bidonville du Chaâba à Villeurbanne. Parents analphabètes venus d’Algérie, enfance marquée par le racisme et la pauvreté, et des rêves de gosse : devenir professeur, comédien ou président comme l’Egyptien Nasser. S’il s’est mis à écrire, c’est pour répondre à cette interrogation douloureuse : pourquoi s’en est-il sorti et pas les autres ? Après le bidonville, il y eut le déménagement de la famille dans un HLM de la Duchère, à Lyon, l’école républicaine et l’ascenseur social, le doctorat d’économie à l’université et les postes prestigieux, professeur de sociologie, chargé de recherche au CNRS. Un parcours à faire rêver des générations de déshérités.

Un brin loufoque

Lors de notre première rencontre, en 2005, Azouz Begag était ministre à l’égalité des chances et déjà un brin loufoque avec ses expressions d’une autre époque « que nenni ! » ou « diable ! ». Son séjour au gouvernement n’avait pas duré longtemps, moins de deux ans. Assez tout de même pour y mettre un sacré bazar. Auparavant, il avait un peu erré du côté des socialistes lyonnais – ce dont il se défend aujourd’hui –, et pris langue avec le communiste Robert Hue pour une éventuelle candidature aux européennes, en 1999. Une rencontre avec Dominique de Villepin lors de la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde a changé sa vie. Entre Begag le fils d’ouvriers agricoles algériens devenu professeur, et Villepin, le politique qui se rêvait poète, le coup de cœur fut immédiat. « Dominique de Villepin, c’est la droite légère et poétique, la droite du verbe, c’est le Barack Obama français », s’enthousiasme-t-il encore.

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