Un apéro avec Frédérick Sigrist : « Mon moteur, c’est la colère face à la vie qui envoie des merdes »

Frédérick Sigrist à la brasserie L’Avenue, dans le 13e arrondissement de Paris, le 23 Septembre 2021.

Avouons-le : on attendait cet apéro avec impatience. Rencontrer Frédérick Sigrist un midi de septembre, c’est un peu comme prolonger ses vacances. L’humoriste de bientôt 44 ans (il est né un 27 novembre) anime tous les étés, sur France Inter, « Blockbusters ». En juillet et en août, cette émission revient quotidiennement sur les icônes de la pop culture : Rocky, MC Solaar, Oasis, Toy Story, Britney Spears, Steven Spielberg, Hayao Miyazaki… La recette ? Un savant mélange d’ironie, d’érudition « sous-culturelle » et d’autodérision. Résultat : on réfléchit sans se prendre la tête. « Blockbusters », c’est une parenthèse régressive pour quadras, qui rime donc avec farniente. On retombe en enfance en buvant un spritz au soleil. Le rêve.

Retour à Paris. Rendez-vous est donné au pied de la Bibliothèque François-Mitterrand, dans une brasserie cosy, L’Avenue. « C’est à la fois mon bureau, ma cantine et le hall d’embarquement pour les films puisque le MK2 est juste en face », explique le métis, affûté par des séances quotidiennes de sport. Ce qui ne l’empêche pas de siroter un verre de côtes-du-rhône et de commander une entrecôte-frites. On devine sans mal les séances de squats et de gainage qu’il faudra pour éliminer ce repas. On en aurait presque mauvaise conscience.

Un mormon au Club Med

Mais Frédérick Sigrist a le goût de l’effort, y compris dans l’adversité. Sa carrière, par exemple : à plusieurs reprises, il a failli tout arrêter. Comme au début des années 2000. Il est alors répéré pour donner une de ses toutes premières pièces, un « seul-en-scène », dans un Club Med au Portugal. Un « quatre tridents », le top. Il déchante vite. Entre ses rêves de « théâtre classique » et la réalité des « crazy signs », les fameuses chorégraphies du club, l’atterrissage est violent. « A l’époque, je suis encore mormon [il l’était vraiment], c’est la première fois que je pars de chez moi… C’était Sodome et Gomorrhe ! » Deux « gentils organisateurs » le prennent en main et lui montrent les arcanes. A savoir, alcool et cachets pour tenir face à la pression. « Je suis devenu fou, j’ai fait n’importe quoi, je me suis comporté comme un sagouin », reconnaît-il. A la fin de la saison, il est quasiment en burn-out. Trois jours avant de rentrer, il se casse un genou sur scène. Est rapatrié. Retour dans sa chambre d’ado. Une vraie cellule de dégrisement. Au bout de plusieurs mois, son ex-copine lui redonne une chance. Il la rejoint à Paris.

Sa patte : partir du quotidien pour moquer les travers de la société. Rien de nouveau, sauf qu’il le fait bien avant l’avènement du stand-up

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