Un apéro avec… Scali Delpeyrat : « J’ai été un acteur tourmenté, je suis un auteur allégé »

Scali Delpeyrat, chez lui à Paris, le 5 février 2021.

Chögy fait quelques pas au milieu du salon puis s’arrête net. Le chat blanc se relève et plante ses yeux dans ceux de son maître. « Il fait toujours ça, s’amuse le comédien et écrivain Scali Delpeyrat, 54 ans, qui nous reçoit dans son deux-pièces du 14e arrondissement de Paris. C’est un combat psychologique entre nous. » Mais il n’est pas encore 18 h 30 et Chögy devra attendre ses croquettes.

Sans aucune forme de solidarité avec le pauvre félin, nous sortons bretzels, minipizzas, olives et baby carottes. Marché avait été passé, nous nous occuperions des mises en bouche, lui, du cocktail. Et nous voilà, peu après 18 heures, attablés devant deux gin tonics. « Attention, ce n’est pas de la gnognotte », prévient-il. Le tonic est « premium », le gin servi avec modération. « J’ai un ami qui m’a dit : “Ne bois pas trop, ce serait dommage que tu sois charmant au début de l’interview et qu’à la fin tu sois inepte.” »

Chögy vaque du canapé à l’entrée de la chambre, où un fil l’aide à patienter pendant que nous nous penchons sur son cas. Car si Le Monde rend visite au comédien qui a joué de grands rôles au théâtre et une multitude de personnages plus modestes sur les écrans (on peut l’apercevoir dans Le Goût des autres, Maestro, Les Tuche 3 ou encore dans les séries Engrenages et Baron noir), c’est à cause de ce chat que Scali Delpeyrat a bien failli ne jamais adopter. Le jour où il est allé le récupérer à la SPA, l’acteur s’est retrouvé pris d’une crise d’angoisse, obligé de descendre du RER qui les ramenait à la maison. Heureusement, une amie finit par répondre à ses SMS paniqués : Chögy « fera de toi l’homme le plus heureux du monde ».

Héritage métissé

« Avec l’arrivée dans ma vie d’homme sans enfant de ce chat que j’appelle “mon bébé” et que je nourris tout le temps, j’ai repensé à mon propre père », confie-t-il. La trame de son livre, Je ne suis plus inquiet (Actes Sud), sorti en octobre 2020, pouvait prendre forme.

Dans ce court texte, qu’il jouera sur scène au Théâtre de la Ville, à Paris, en novembre, Scali Delpeyrat regarde son passé et le monde qui l’entoure avec humour et mélancolie. Il tisse des liens entre son histoire familiale et ses névroses. Lui, le « juif du Sud-Ouest à l’accent de Francis Cabrel » – fils d’une mère séfarade ayant échappé de peu à la rafle du Vél’d’Hiv et d’un père taiseux, mort aujourd’hui, qui avait fait la guerre d’Algérie, n’aimait pas les Arabes mais avait épousé une femme originaire d’Afrique du Nord –, obsédé par ce qui pourra bien lui arriver après.

Il vous reste 68.76% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.