Un apéro avec William Sheller : « Je disparais comme Greta Garbo »

William Sheller chez lui au domaine des Blancs-Bouleaux, près d’Orléans, le 30 avril 2021.

Sa maison des bois est nichée au fond du domaine des Blancs-Bouleaux, une sorte de gated community (résidence sécurisée pour riches Américains) à la française, située à une vingtaine de kilomètres au sud d’Orléans. A lui seul, le nom du lieu évoque une de ces chansons romantico-surréalistes qu’il aurait pu écrire. La bâtisse est plus imposante que charmante. Au rez-de-chaussée, les baies vitrées d’un grand séjour  s’ouvrent sur un parc boisé. Parfois des biches et des cerfs s’y attardent. « Il y a aussi des écureuils, mais ils sont moins faciles à distinguer », explique le maître de maison. Il y a quelque chose d’un peu triste et compassé dans ce décor où le reflet du chanteur William Sheller semble fuir.

Aucune trace narcissique n’émaille quarante-cinq ans de la carrière d’un chanteur aux frontières poreuses du rock’n’roll, de la musique contemporaine et de la pop. D’ailleurs, dit-il, « je déteste qu’on parle du chanteur William Sheller, je suis d’abord un compositeur ». Pas de disques d’or ou de platine encadrés sur les murs, d’affiches de concert, de Victoires de la musique. Pas de carnet à spirales. De chopper (avec ou sans gasoline). Rien, nada !

Dans la pièce de travail, bien à plat sur un pupitre, une partition d’Yves Margat, auteur d’un traité de composition et mentor de l’artiste lorsque, à 15 ans, il se promet à l’étude de la musique. Des dessins de Druillet, un original de Cocteau et, dans la bibliothèque, les œuvres complètes de Colette, la correspondance de Francis Poulenc, une trentaine de volumes de « La Pléiade », de vieux 33-tours à l’épaisse pochette cartonnée. Le piano ne sert plus qu’à donner le la depuis que son propriétaire a juré de ne plus en jouer, de ne plus faire entendre sa voix.

« Homo-romantisme »

C’était à l’hiver 2016, après avoir reçu une Victoire d’honneur. Bouffi de cortisone, fatigué par des problèmes cardiaques, il décide de raccrocher. Il pèse 100 kg. Son cœur rebondit dans sa poitrine comme une balle de ping-pong. « Boum, boum », dit-il. Son médecin l’enjoint de quitter la scène. Encore quelques concerts. Quelques malaises et sa décision est prise : « Je suis comme Greta Garbo, pfft, fini, terminé… » L’actrice suédoise se retira de la vie publique de 1941 à sa mort, en 1990.

Il s’est remis à fumer, mais a arrêté la fumette. Il s’accorde un verre de martini-tonic de temps en temps. Et tant pis si l’apéro tombe à 16 heures, comme ce jour-là. Le public ne lui manque pas. « Je ne suis pas son esclave, s’énerve-t-il un peu. Bien sûr que je l’ai aimé, mais les gens ont les disques. » Il écoute peu la jeune génération de la chanson française, même ceux qui se réclament de lui. « J’en ai influencé quelques-uns mais ça ne veut pas dire que je leur ai donné du talent. » Aujourd’hui, il compose un Stabat Mater.

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