Un apéro avec Yoann Riou : « J’ai pris des anxiolytiques pendant des années »

Yoann Riou sur la terrasse du restaurant Le Beurre Noisette, le 10 juin 2021.

Pour aborder cet apéro dans les meilleures conditions, on avait imaginé une préparation pointue. Travail du jeu de jambes (corde à sauter). Séances de réflexologie auditive (à base de tongue twisting façon rappeur). Révision des fondamentaux (« l’instant décisif », selon Henri Cartier-Bresson). Et puis, au dernier moment, non. On sentait que ça ne servirait à rien. Que, de toute façon, on serait dépassé. Ça n’a pas manqué. A peine attablé au Beurre Noisette, un restaurant du 15e arrondissement de Paris, où il vient en voisin, Yoann Riou a occupé l’espace comme il occupe le petit écran : en poussant les murs, en bousculant les mots, en montant le son. Sincèrement excessif. Excessivement sincère.

Il est le héros d’un des plus curieux objets du paysage audiovisuel mondial : la retransmission en direct d’un match de football sans autres images que celles des commentateurs en train de le regarder. Concept italien (1970). Adaptation française (L’Equipe TV, 2016). Pas tout neuf. Mais tout fou. Les ingrédients : l’exaltation, l’exagération, l’extravagance. Ce qui n’exonère pas de l’exactitude. Du sur-mesure pour Yoann Riou, esprit multiforme dans un corps rond, journaliste tout-terrain (de sport), réputé pour son enthousiasme contagieux, son addiction aux superlatifs, son rire en cascade et ces petits cris de joie suraigus émis en chapelets.

Pointes de danseuse

Voilà un gars qui n’a peur de rien. Erreur. « Je suis atrocement timide. Longtemps, le stress m’a bouffé. Le jour du bac, sur la route du centre d’examens, j’ai vomi dix fois. J’ai pris des anxiolytiques pendant des années. Sinon, je ne pouvais pas sortir de chez moi. » Un matin, la boule est partie. « C’était en 2012. Ne me demandez pas pourquoi. » On a demandé quand même. « Je ne sais pas. » Depuis, il se permet des choses étonnantes. Comme louer les mérites du jus de pomme de sa Bretagne natale en direct avant d’en ingurgiter des litres ou téléphoner à la danseuse Marie-Claude Pietragalla afin qu’elle lui prête une paire de pointes pour une chronique sur les chaussures à crampons.

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A ses côtés sur le plateau, Candice Rolland ou Raphaël Sebaoun tentent de garder le cap. Lui divague. Y aurait-il du Bernard Moitessier chez ce quadragénaire et des poussières, fils de marin-pêcheur de Loguivy-de-la-Mer (Côtes-d’Armor) ? Le célèbre navigateur avait renoncé à la victoire dans la première course autour du monde en solitaire et sans escale pour un détour de dix mois dans l’océan Indien. Yoann Riou pratique la parenthèse impulsive. « La fugue me fascine. Petit, je disais à ma mère : “Je vais rejoindre Tom Sawyer aux Etats-Unis.” » En définitive, il mène sa barque comme il mène ses commentaires : à l’émotion.

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