« Un casque bleu chez les Khmers rouges », un témoignage sur les limites de la paix onusienne

Livre. Il y a trente ans, les forces politiques cambodgiennes, épuisées par deux décennies de guerre civile, signaient des accords de paix à Paris, fin 1991, sous l’égide de l’ONU. Les Khmers blancs de Hun Sen – aujourd’hui encore premier ministre –, les partisans du roi Sihanouk (1922-2012) et les Khmers rouges, responsables de la mort de 1,7 million de Cambodgiens entre 1975 en 1979, s’entendaient pour mettre fin aux hostilités, désarmer les factions, mettre en place un gouvernement provisoire et lancer un processus électoral permettant d’évoluer vers une société démocratique.

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Il revient alors à l’autorité provisoire des Nations unies au Cambodge, forte de 16 000 militaires mis à disposition par 45 pays différents, de vérifier l’application de ces accords. Parmi ces « observateurs militaires » sans armes, Guillaume Ancel, lieutenant de 27 ans. A partir de ses souvenirs et de ses carnets d’opération de l’époque, il revient sur cette mission de six mois, entre mai et novembre 1992.

A Kampot, dans le sud du Cambodge, où il fait partie d’une équipe composée de trois officiers – irlandais, chinois et russe –, il est confronté au chaos. Les zones minées à éviter sont si nombreuses que l’on renonce à les dessiner sur les cartes. Les Cambodgiens qu’il croise restent impassibles face à l’horreur. Ainsi en va-t-il de cette paysanne labourant la terre près de ce qui reste de son mari : une tête tranchée posée à même le sol.

Corruption, prostitution et pédophilie

Ancel comprend vite que les forces politiques du pays ne sont pas des camps hermétiques. Pour survivre aux camps de la mort des Khmers rouges, de nombreux Cambodgiens ont dû collaborer avec ce régime sanguinaire. Il doit travailler avec certains d’entre eux, dont son interprète. Les rapports au sein de l’autorité provisoire des Nations unies au Cambodge, cette « armée du monde », ne sont guère plus simples. Ancel ne tait rien des dérives des casques bleus qui se laissent aller à la corruption, à la prostitution ou à la pédophilie. Ses accrochages avec un capitaine français, dont il ne dépend pourtant pas, lui valent d’être écarté.

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Il atterrit à Tbaeng Meanchey, dans le nord du pays, une zone truffée de mines « où personne ne veut aller ». Accompagné de soldats uruguayens et italiens, il s’enfonce dans le « cœur des ténèbres » : les villageois qui vivent dans le plus grand dénuement n’ont que faire de leurs démonstrations sur la démocratie et l’utilité du vote. Les négociations pour désarmer les Khmers rouges à la frontière laotienne se révèlent autrement ardues. Son conégociateur, un officier roumain, est abattu devant lui.

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