Un chantier naval solidaire offre une seconde vie aux bateaux en polyester

Posé dans la campagne angevine, un voilier Jouët Calife construit en 1969 au chantier naval Yachting-France, transformé récemment pour la terre ferme au chantier Bathô.

Dans cette salle, même les réunions de comptabilité se déroulent dans une atmosphère guillerette. L’effet apaisant, euphorisant même, du cocon symbole d’évasion. C’est un trimaran de 10 mètres qui tient lieu d’annexe, dans le jardin de Station-C, espace de travail partagé par quatorze entreprises, à Saint-Barthélemy-d’Anjou (Maine-et-Loire). Entre les flotteurs, la coque élargie accueille une terrasse. Une table pour huit personnes a trouvé place à l’intérieur, un écran géant au fond, un petit bar à l’entrée, de ce voilier qui fendit les flots durant vingt-cinq ans.

« Nous avions envisagé une extension bois de Station-C, retrace Yvain Bignonet, qui en est le fondateur. Mais depuis que nous avons acheté ce bateau, toutes les sociétés présentes sont fières d’avoir évité l’enfouissement de 4 tonnes de déchets. » Entrepreneur dans le nautisme, M. Bignonet parle en spécialiste de « la catastrophe à venir qu’est l’absence de filière de recyclage de la plaisance ». « Nous héritons de quarante ans de production industrielle en plastique ! » Au Salon nautique de Paris, il y a deux ans, il a trouvé une ébauche de solution en la personne de Didier Toqué, cofondateur du chantier naval d’insertion Bathô. Tout près de Nantes, à Rezé, de vieux voiliers sont remaniés pour mettre le cap sur une seconde vie, à terre, échappant à la casse, puis à l’enfouissement ou à l’incinération. Vertueux réemploi qui a valu à l’entreprise, fin 2020, le Prix national de l’économie sociale et solidaire, catégorie transition écologique.

« Chantier naval insolite ! »

Sur le fronton bleu azur, l’inscription « Bathô, chantier naval insolite ! » se dessine, au bout d’un parking où sont alignées les embarcations. D’autres encore s’entassent plus loin, partiellement dépecées. Sous le hangar de l’atelier, jeunes et moins jeunes se forment au travail du bois, du métal et des matériaux composites. La quille en fonte est ôtée, le bateau est posé au sol sur support bois. Le mât, raccourci mais conservé, soutient une toile d’ombrage flottant au vent, comme les anciennes voiles. La coque, le pont, les hublots, l’accastillage (ces accessoires servant aux manœuvres), le liston protégeant le pourtour, les boiseries intérieures et coussins, en piteux état généralement, tout est refait à neuf. La barre devient porte d’entrée, le coffre à moteur, un rangement.

« Les architectes navals ont exploité le moindre recoin avec une intelligence folle. A partir de 6,50 mètres de long, il y a au moins quatre couchages, montre M. Toqué. Chez le client, nous construisons un dernier ponton d’amarrage en bois, qui sert de terrasse. Une timonerie de bateau de pêche peut accueillir des toilettes sèches et une douche solaire. Nous nous adaptons aux souhaits de chacun. Et nous laissons des petites histoires à bord. » Témoignages de navigation des anciens propriétaires, baromètre et gilet de sauvetage, bouquins d’aventure, cartes postales de tel village breton en 1979… Ambiance baby-boomeurs-sur-mer.

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