Un concert suprême et inédit de John Coltrane publié

Photo non datée du saxophoniste ténor américain John Coltrane en concert à Paris.

Un inédit de John Coltrane ! Pas n’importe quel inédit, non. Une version live de l’œuvre-phare du « dernier » Coltrane : A Love Supreme. Laquelle fut enregistrée d’une (presque) seule traite en une séance, le 4 décembre 1964 par le quartette (historique) de l’illustre saxophoniste (tout cela vu d’aujourd’hui) : McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison, contrebasse, Elvin Jones, batterie. Aux manettes, essentiel, Rudy Van Gelder, magicien des studios, des micros et du son.

L’inédit retrouvé est une captation perdue pendant soixante ans, enregistrée au Penthouse de Seattle, datée du 2 octobre 1965. Entre la version princeps (en studio) et la captation perdue, le quartette n’a joué qu’une fois A Love Supreme. Au Festival d’Antibes-Juan-les-Pins, le 26 juillet 1965. Nous n’en sommes toujours pas revenus. Nous avions 20 ans, il est vrai. L’illustre saxophoniste meurt à Hutington, New York, deux ans plus tard, le 17 juillet 1967. Né à Hamlet (Caroline du Nord) en 1926, il est âgé de 40 ans. Curieusement, sa mort semble toujours plus proche de nous.

Lire la critique : Article réservé à nos abonnés Un inédit de Coltrane en quartette

Le 1er juin 1964, formidable accélération du quartette (historique), Coltrane vient d’enregistrer Crescent, six mois avant A Love Supreme. Le 23 novembre 1965, ce sera Meditations, avec Pharoah Sanders et Rashied Ali, second batteur. Elvin Jones tire sa révérence. En 1966, sortira Ascension, l’un des manifestes du free jazz (Archie Shepp, etc.), enregistré en réalité le 29 juin 1965. Ce fatras de dates pour dire le foisonnement de ces quelques mois, cette créativité saisissante. Mais d’où tenaient-ils cette créativité ? Cette fougue ? Ce feu, dérobé à quels dieux, grands dieux ? Coltrane ne boit pas, ne touche à rien, depuis longtemps. Sa seule substance est sa bibliothèque : philosophies, mystiques, mathématiques, digne d’un autodidacte, rien à voir avec la bibliothèque d’un agrégatif de philo. C’est la bibliothèque d’un chercheur qui veut depuis toujours « aller plus loin ». Plus haut ? La question se pose.

Au Penthouse, le quartette s’est adjoint un second contrebassiste (Donald Rafael Garrett, très reconnaissable à l’archet) et deux saxophonistes : Pharoah Sanders et Carlos Ward. Le quartette augmenté reprend à la lettre les quatre mouvements de A Love Supreme. Sans répétition, vous voulez rire… Les mouvements s’amplifient, cherchent plus bas, bruits, cris, voix multipliées, tremblements, houle, plus haut, navette spatiale en transe. Public itou. Psalm, final solennel, revient à la sérénité voulue.

Bande retrouvée en 2013

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