« Un parti, un seul, est plus particulièrement accusé du blocage mortifère du Liban : le Hezbollah »

Des soldats du parti fondamentaliste chiite Hezbollah défilent à Beyrouth, le 31 mai 2019.

Ça fait du bruit, un pays qui s’effondre ? Non, pas tellement. Jour après jour, le Liban sombre dans l’impuissance politique et la misère économique. En silence. Même pendant ses guerres (1975-1990), le Liban n’a jamais atteint le degré de clochardisation qui l’affecte aujourd’hui. « Nous coulons », dit un vieil ami de Beyrouth.

L’opinion libanaise incrimine toute la classe dirigeante. Elle dénonce un système politique corrompu et incompétent. Elle dénonce la perversion d’un confessionnalisme institutionnel qui génère clientélisme et corruption. Le drame du Liban, et de ses quatre millions et demi d’habitants, est que les complexes évolutions régionales en cours pèsent aussi sur sa situation.

L’explosion dans le port de Beyrouth, le 4 août 2020 – 220 morts, 5 500 blessés graves, des destructions massives –, a frappé un pays déjà mal point. Préexistante, une crise politique, économique et sociale est, ce jour-là, partie en spirale. Logique de série noire, un pays qui fut une nation de petite classe moyenne et de quelques grandes fortunes est aujourd’hui rongé, miné, submergé par une pauvreté galopante.

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En moins de deux ans, dit le Fonds monétaire international (FMI), le produit intérieur brut a chuté de 40 %. La livre libanaise a perdu 80 % de sa valeur. Chômage, pénuries, systèmes de santé et d’éducation mis à mal, jeunesse désespérée : le Liban paye cher. Si toute une élite, accrochée au statu quo, se refuse aux réformes qui ouvriraient la porte à une généreuse aide internationale, un parti, un seul, est plus particulièrement accusé de ce blocage mortifère : le parti fondamentaliste chiite Hezbollah.

Sur la défensive

Fondé par la République islamique d’Iran en 1982, le Parti de Dieu est un acteur-clé de la vie politique libanaise. Il est ancré dans une communauté chiite qui représente un tiers de la population et qui est au moins aussi nombreuse que l’autre composante musulmane du pays, les sunnites – le dernier tiers étant chrétien. Mais le Hezbollah, avec une milice aguerrie et plus forte que l’armée nationale, est aussi, et même d’abord, l’instrument de la politique iranienne au Liban. Il est l’outil de la prépondérance que Téhéran exerce à Beyrouth. A ce titre, ce parti-milice, Etat dans l’Etat, financé et armé par l’Iran, défend un statu quo politique qui lui profite à merveille.

Sa mainmise sur les activités du port le met en première ligne de la chaîne des responsabilités soupçonnées dans l’explosion du 4 août. Menaçant, fort de son armée privée, le Hezbollah mène campagne, avec la plupart des autres partis, pour saborder l’enquête sur la tragédie du port. Mais il y a sur son chemin un « petit juge », seul contre tous. Impeccablement professionnel, le magistrat instructeur Tarek Bitar tient ce rôle avec panache – et prend tous les risques.

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