Un paysage politique morcelé, l’autre leçon des régionales

Editorial du « Monde ». Si l’abstention reste le fait majeur du premier tour des élections régionales, un autre phénomène se confirme : l’émiettement de la scène politique. Les candidats des listes qui se sont qualifiées, dimanche 20 juin, disposaient de quelques heures pour mener des tractations et conclure d’éventuelles alliances en vue du second tour. Ils ont déposé leurs listes mardi 22 juin. Le paysage est désormais figé.

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Le moins que l’on puisse dire est qu’il est morcelé. On compte un seul duel, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans cette région, où la menace de l’extrême droite reste forte, les écologistes, qui conduisaient la liste de gauche, ont accepté, sous la pression des états-majors nationaux, de se retirer, afin de laisser un maximum de chance à la liste de Renaud Muselier (Les Républicains, LR). Celle-ci intègre, depuis le premier tour, un certain nombre d’élus de la majorité présidentielle. Ailleurs, ce sont les quadrangulaires qui dominent : on en compte six, deux fois plus que les triangulaires. Dans deux régions, la Bretagne et l’Aquitaine, ce sont même cinq candidats qui s’affronteront au second tour. Cette compétition, menée au nom de la clarté ou de l’incompatibilité, c’est selon, aura pour effet mécanique d’affaiblir le score du vainqueur. Si l’abstention reste massive, la légitimité des nouveaux présidents de région risque d’être passablement écornée.

L’« ancien monde » redresse la tête

Dix mois avant le scrutin présidentiel, dont les dates viennent d’être fixées aux 10 et 24 avril 2022, les élections régionales sont la dernière occasion pour les partis de se mesurer. Tous ont été affaiblis par la grande bouderie des urnes à laquelle ils ont assisté dimanche 20 juin, mais deux ont été plus touchés que d’autres : le Rassemblement national (RN) a accusé un fort recul par rapport à son score de 2015, et La République en marche n’est pas parvenue à tenir le modeste rôle qu’elle s’était assigné : être le faiseur de roi dans les régions menacées par le Rassemblement national.

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Il était assez logique, dans ce contexte, que l’« ancien monde » redresse la tête et mette en scène son retour. En Ile-de-France, les listes de gauche ont fusionné pour tenter de ravir la région à Valérie Pécresse et remettre au goût du jour le clivage gauche-droite. Scénario identique dans les Pays de la Loire, où le Parti socialiste et les écologistes ont uni leurs forces pour tenter de ravir la région à la présidente sortante LR, Christelle Morançais.

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L’autre fait marquant est le refus affirmé aussi bien par la droite que par la gauche d’intégrer des « marcheurs » dans leurs listes. Cette main tendue a notamment été refusée en Bretagne, l’ancien fief de Jean-Yves Le Drian. Dans les huit régions où il est parvenu à se qualifier, le parti présidentiel a donc maintenu sa liste pour tenter d’implanter quelques élus, mais sans réel espoir de compter.

Ainsi donc quatre forces rivalisent : la droite, la gauche (souvent unie, quelques fois divisée), le RN et le parti présidentiel. Les deux premières ont l’avantage de l’implantation locale. C’est la raison pour laquelle l’élection régionale est devenue leur va-tout. Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont, eux, la caractéristique de n’exister que par leur seul nom. Leur parti ne leur est d’aucun secours. C’est un handicap sérieux pour les élections locales, mais qui le devient moins à l’occasion de l’élection présidentielle, où la personnalisation joue à plein. Le match va donc s’intensifier. Tout le problème est de savoir s’il intéressa l’électeur.

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Le Monde