« Un traître idéal », sur Chérie 25 : un thriller un peu trop lisse mais porté par un casting cinq étoiles

Hector (Damian Lewis) dans « Un traître idéal » (2016), de Susanna White.

CHÉRIE 25 – JEUDI 4 NOVEMBRE À 21 H 05 – FILM

Adapté d’un best-seller de John le Carré – Our Kind of Traitor (Un traître à notre goût, Seuil, 2011), l’avant-dernier roman de l’écrivain disparu le 12 décembre 2020 – par Hossein Amini, notamment scénariste de Drive (2011), et doté d’un casting cinq étoiles (Ewan McGregor et Stellan Skarsgard dans les rôles principaux, Damian Lewis de Homeland et Mark Gatiss de Sherlock), Un traître idéal semble fait du bois dont on fait les très bons divertissements. Il n’est pourtant qu’un divertissement agréable, sans brio ni vrai relief, de ceux que l’on oublie sitôt après les avoir achevés.

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Au début du film, Perry Makepeace (Ewan McGregor), un professeur anglais d’université en vacances à Marrakech avec sa femme Gail (Naomie Harris), rencontre Dima (Stellan Skarsgard), un blanchisseur d’argent de la mafia russe, qui a une villa sur place. Une soirée arrosée plus tard, les voilà copains comme s’ils avaient gardé les cochons ensemble – au point que le Russe se hasarde à lui faire une drôle de proposition.

Muni d’une clef USB contenant des informations confidentielles et ultrasensibles, l’Anglais devra négocier en son nom une demande d’asile pour lui et sa famille, et une protection du MI6, le service du renseignement extérieur du Royaume-Uni. Le temps leur est compté : Dima sait que le chef mafieux qui l’emploie a prévu de le faire assassiner quelques jours plus tard.

Jeux de cadres et de flous

Si le compte à rebours et les diverses complications d’usage plongent les personnages dans l’anxiété, il n’en sera pas nécessairement de même pour le spectateur du thriller qu’en tire Susanna White. L’image, plutôt élégante, se complaît dans les jeux de cadres et de flous contrôlés, mais l’ambiance qui s’en dégage, très froide, est intéressante. Narrativement, cependant, la maîtrise est moindre (une scène de traque en montage parallèle, coupée abruptement, finit par ne plus avoir aucun sens).

Dans le film de Susanna White, les ambitions sont bien plus modestes, et c’est dommage

Surtout, les ambitions y sont bien plus modestes, et c’est dommage. Des caractères troubles que le texte de le Carré lui offrait (le professeur dévoué jusqu’au malaise, le mafieux bon père de famille, l’agent secret prêt à risquer la peau de tous les autres en faisant cavalier seul, incarné ici par Damian Lewis, un temps pressenti pour succéder à Daniel Craig dans le rôle de James Bond), la réalisatrice ne gardera chaque fois qu’un seul aspect (le dévouement à un idéal, à sa famille, à son métier).

Un tableau humain en relief étant la levure indispensable à tout bon thriller, il faudra bien constater que celui-ci reste, à la sortie du four, présentable mais un peu plat.

Un traître idéal, film de Susanna White (RU, 2016, 108 min). Avec Ewan McGregor, Stellan Skarsgard, Damian Lewis, Naomie Harris, Jeremy Northam, Mark Gatiss. Diffusé sur Chérie 25.