« Une autre guerre. Histoire et nature du terrorisme » : aborder le terrorisme sous toutes ses formes

Livre. Sur un sujet aussi vaste et complexe que le terrorisme, il n’existera jamais de livre définitif. Mais certains, rares, s’en approchent. C’est le cas d’Une autre guerre. Histoire et nature du terrorisme, de John A. Lynn II. L’auteur, un des plus grands historiens de la guerre, travaille sur le sujet depuis 2003 et explique, dès l’introduction de son grand œuvre, que celui-ci est « né du choc des événements du 11 septembre 2001 ».

En France, où le sujet est plus ancien – en raison de la vague de terrorisme palestinien, iranien et gauchiste des années 1980, suivie, une décennie plus tard, en 1994-1996, des premiers attentats djihadistes en Occident, liés à la guerre civile algérienne –, mais le traumatisme plus récent – après les attentats de 2015 et des années qui ont suivi –, le terrorisme est devenu synonyme de djihadisme.

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Discuté dans les médias et sur la scène politique, le sujet est souvent maltraité, comme si sa capacité à frapper le plus grand nombre autorisait à dire tout et n’importe quoi. A commencer par un ancien premier ministre qui a pu estimer que « comprendre, c’est justifier ». Comment combattre quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on se refuse même à comprendre ?

Pyramide de la violence

Là où règne la confusion, l’ouvrage de John A. Lynn II pose des bases théoriques après avoir exposé les différents points de vue, y compris ceux qu’il ne partage pas, donne des exemples historiques, argumente, étaye. Il fait preuve de pédagogie et de pondération là où il importe de garder la tête froide et se présente comme un « exercice d’éducation civique, et, en un sens, d’autodéfense ».

Le livre échappe au piège de la définition du terrorisme au profit d’une description qui offre plus de souplesse analytique. Il propose ainsi six caractéristiques : faire usage de la violence ou de menaces de violence ; s’attaquer aux personnes et aux biens ; frapper des victimes sans défense assimilées à des non-combattants ; chercher à instiller la peur ou provoquer l’indignation au sein du grand public ; faire usage de la violence et de son impact psychologique pour promouvoir des objectifs politiques, sociaux ou culturels.

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Là où nombre de spécialistes expliquent que le terrorisme n’est pas une idéologie, mais une méthode, John A. Lynn II adopte une position plus nuancée : certes, le terrorisme est un procédé destiné à obtenir un effet maximal avec peu de moyens, mais c’est aussi une croyance dans cette méthode. Cette mystique – ce qui a fait du terrorisme un « isme » à l’instar de l’anarchisme, du communisme, du fascisme ou du nationalisme – remonte, selon lui, à l’échec des révolutions de 1848 en Europe.

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