« Une brève histoire du cerveau », ou comment notre encéphale stupéfie toujours plus

Le livre. Comment retracer cinq cents ans d’études sur le cerveau dans un ouvrage aussi dense sans que l’attention du lecteur jamais se relâche ? Le professeur de zoologie (université de Manchester) Matthew Cobb réalise, dans sa dernière livraison, l’exploit de dérouler l’histoire des théories biologiques sur le cerveau et la pensée, mettant en lumière des acteurs et des contributions négligées – des scientifiques, mais aussi des cobayes, humains ou animaux – et questionnant inlassablement la pertinence des recherches, des expériences et des modèles jusqu’à nos jours.

C’est avec le cœur que s’ouvre le livre : longtemps, les humains ont considéré que cet organe était le siège de la pensée et des émotions. Ces conceptions préscientifiques ont d’ailleurs laissé des traces dans le langage commun, note l’auteur. Ne dit-on pas « apprendre par cœur », « avoir le cœur brisé », « prendre à cœur » ? Selon Aristote, le cœur produisait de l’esprit que le sang véhiculait, suggérant une théorie ventriculaire de la psychologie. Au XVIIe siècle, René Descartes, après moult dissections du cerveau, énonça que le corps des animaux fonctionne comme une machine où le cerveau joue un rôle fondamental – les humains différant par la possession d’une âme et d’un langage. A cette théorie de l’animal-machine succéderont d’autres analogies, telles que le cerveau-horloge, le cerveau-automate, télégraphe, ordinateur… autant de découvertes stimulantes mais qui illustrent « surtout la plasticité de nos cerveaux », commente le chercheur.

L’activité cérébrale, cette inconnue

Au fil des quinze chapitres portant des titres courts mais explicites – « Le cœur », « Les forces », « Electricité », « Fonction », « Evolution », « Inhibition », « Neurones »… jusqu’à « Conscience » et « Futur » –, Matthew Cobb scande son leitmotiv : les scientifiques ne comprennent pas encore clairement comment les 90 milliards de neurones, les 100 millions de milliards de synapses, les milliards de cellules gliales, etc., présents dans le cerveau travaillent ensemble pour produire l’activité cérébrale. En 1883, Henri Bergson disait « que si la pensée était localisée, on pourrait la disséquer et l’obtenir à la pointe d’un scalpel », avant de conclure : « La pensée ne réside pas dans le cerveau. » Aujourd’hui, le connectome, soit le plan complet des connexions des « 10 000 neurones du cerveau de l’asticot, est décrit à 70 % » seulement, note l’auteur. « Cela donne une idée de tout ce qui reste à faire avant de comprendre le cerveau humain. »

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