Une flèche très politique pour la basilique de Saint-Denis

Les pierres de la flèche de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), démontée dès 1846, en octobre 2016.

Le remontage du clocher et de la flèche nord-ouest de la basilique de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pourrait commencer au printemps 2023. La date de début des fouilles archéologiques a été repoussée plusieurs fois, mais elle paraît désormais bien calée, à janvier 2022. Sauf coup de théâtre, les travaux de consolidation de la façade devraient suivre.

Le maire (PS) de la ville, Mathieu Hanotin, rêve de voir l’opération achevée en 2028, horizon politique qu’il s’est fixé en lançant Saint-Denis dans la course au label de capitale européenne de la culture. Critique vis-à-vis du projet lorsqu’il était dans l’opposition, ce socialiste, dont l’élection, en 2020, a mis un terme à des décennies de gestion communiste, en fait aujourd’hui le « totem » de la candidature.

Considérée comme le premier chef-d’œuvre monumental de l’art gothique, la basilique, qui abrite la nécropole séculaire des rois de France, a vu sa flèche (86 mètres de haut) et son clocher nord démontés dès 1846. La façade s’était trouvée fragilisée par de fortes intempéries. Il était prévu de la consolider, et de remonter le clocher et sa flèche, mais cela ne s’est jamais fait, et l’édifice a imposé sa nouvelle forme, asymétrique (elle l’était déjà un peu, le deuxième clocher n’étant, lui, pas coiffé d’une flèche). Il n’empêche. Depuis 1971, les maires de Saint-Denis n’ont eu de cesse de vouloir rendre à l’édifice la silhouette qui fut la sienne pendant son âge d’or, entre les XIIe et XIXe siècles.

Travaux autofinancés

Quand François Hollande a donné son feu vert à l’opération, en 2017, il était question qu’elle soit financée par du mécénat privé et par les recettes de la billetterie d’un chantier école ouvert au public, qui aurait formé aux techniques des tailleurs de pierre du Moyen Age.

Le principe des travaux autofinancés par le chantier école était défendu par Jacques Moulin, l’architecte en chef des monuments historiques, qui a restauré la façade ouest de la basilique de Saint-Denis en 2015. En 1997, il avait lancé une opération de ce type au château de Guédelon (Yonne).

Didier Paillard, l’ancien maire communiste (PCF) de la ville, et son prédécesseur, Patrick Braouezec (PCF), devenu président de Plaine Commune, ont vu dans cette idée le moyen d’obtenir enfin l’accord de l’Etat pour reconstruire cette flèche. Avec l’association Suivez la flèche, créée pour l’occasion, ils ont rallié à leur cause des entreprises de la ville et de nombreuses personnalités publiques, parmi lesquelles l’écrivain et académicien Erik Orsenna ou le producteur et cinéaste Luc Besson.

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