« Une folie de rêves », de Jean-Daniel Baltassat : sous le Trocadéro, un refuge, un roman

Dans les catacombes de Paris.

« Une folie de rêves », de Jean-Daniel Baltassat, Calmann-Lévy, 608 p., 22,90 €, numérique 16 €.

« Pourquoi n’écrirais-tu pas un roman sur les rats ? » La question de ses éditeurs – Caroline Lépée et Philippe Robinet, également directeur de Calmann-Lévy – laisse d’abord Jean-Daniel Baltassat de marbre. Mais plus qu’une invitation, l’écrivain s’en saisit, dit-il au « Monde des livres », « comme d’une commande ». Le terme ne le gêne pas. « Je suis un artisan de l’écriture. Mes éditeurs savent que je peux fonctionner avec ce genre de déclencheur. Et, moi, j’ai pensé : “S’ils disent que le rat est un sujet pour un roman, tentons !”»

Les rats, se souvient Jean-Daniel Baltassat, on en parle beaucoup à l’époque, en 2018. Ils seraient « partout dans Paris ». Et puis, « par un bizarre coup du sort », s’adjoint à cette supposée invasion une disparition : celle de « milliers d’enfants, qui devaient passer en Angleterre, et qu’on ne retrouve plus après la fermeture du camp de Calais ». Quelques-uns auraient échoué à Paris, et notamment dans le quartier de Passy (16e arrondissement), où Jean-Daniel Baltassat termine l’écriture d’un livre sur l’artiste Berthe Morisot (La Tristesse des femmes en mousseline, Calmann-Lévy, 2018). « Dans le quartier, j’entends certains parler des migrants qui se répandraient “comme des rats” à Paris ! », suffoque encore le romancier. L’ignominieuse comparaison l’interpelle : « Dans les deux cas se joue notre manière de cohabiter avec l’extrême différence. » Mais son stylo hésite encore, jusqu’au coup de semonce : un jour d’hiver, sur la colline de Passy, Jean-Daniel Baltassat croise un petit groupe de migrantes, des adolescentes frigorifiées. « C’est un choc qui reste dans les yeux », décrit-il, et qui déclenche l’écriture d’Une folie de rêves.

« A Passy, il n’y a pas de refuge pour les migrants »

Les six premiers mois, le romancier fait « bêtement ». C’est-à-dire « comme d’habitude » : il se documente. Il télécharge et lit compulsivement tous les rapports de l’ONU et de l’Unicef sur les migrants. « Ce sont des hommes et des femmes qu’on a déshabillés de leur humanité : je voyageais dans l’obscénité. » Il abandonne un temps son projet littéraire, s’y remet finalement quand des amis l’y encouragent – et qu’il trouve une réponse romanesque à l’énigme des enfants disparus. « A Passy, il n’y a pas de refuge pour eux. Le quartier semble même être dessiné pour qu’on repère ceux qui ne lui appartiennent pas, explique Jean-Daniel Baltassat. Alors il faut plonger. »

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