« Une histoire érotique de l’Eglise », de Myriam Deniel-Ternant, et « Des soutanes et des hommes », de Josselin Tricou : la chronique « essais » de Roger-Pol Droit

Un moine et une nonne faisant l’amour. D’après une gravure du XVIe siècle..

« Une histoire érotique de l’Eglise. Quand les hommes de Dieu avaient le diable au corps », de Myriam Deniel-Ternant, Payot, 364 p., 21 €, numérique 16 €.

« Des soutanes et des hommes. Enquête sur la masculinité des prêtres catholiques », de Josselin Tricou, préface d’Eric Fassin, PUF, 470 p., 23 €, numérique 19 €.

SEXE ET GENRE DANS L’EGLISE, HIER ET AUJOURD’HUI

Autres temps, autres mœurs. Inutile de plaquer sur les siècles passés les hantises de notre époque, ses catégories ou ses faits et gestes. Bien souvent, c’est au contraire le profond dépaysement d’un périple dans les siècles antérieurs qui fait mieux saisir, par contraste, la singularité du présent. C’est pourquoi il faut découvrir, en compagnie de l’historienne Myriam Deniel-Ternant, ce que furent, de la Renaissance au siècle des Lumières, les frasques multiples des gens d’Eglise, prêtres ou nonnes, simples moines comme hauts dignitaires.

Quel festival ! Des religieuses lubriques font le mur des couvents, des prostituées se spécialisent en clients ecclésiastiques, des confesseurs lutinent à domicile de délurées donzelles, tandis que des groupes de curés s’adonnent, de préférence en plein air, à des réjouissances entre hommes… Tout un catalogue de petites et grandes débauches est ainsi passé en revue, sans rien laisser dans l’ombre. Pratiques, postures, fréquences, lieux favoris, tarifs (modiques) ou sanctions (modestes) se trouvent rapportés avec soin, et non sans ironie.

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On doit déjà à Myriam Deniel-Ternant Ecclésiastiques en débauche (1700-1790) (Champ Vallon, 2017). Avec constance et obstination, elle approfondit et élargit sa recherche, en exhumant des archives – sources littéraires et mémoires, sources policières et judiciaires – un panorama truculent, et finalement plutôt joyeux. Car le plus intéressant, dans ce musée insolite, est sans doute l’absence massive de culpabilité. Aucune torture mentale au rendez-vous. Elle se voit remplacée, çà et là, par la pratique érotique du fouet ou quelque mise en scène bouffonne.

Bien sûr, il demeure difficile de mesurer la part exacte de la réalité que représentent ces données. Impossible, toutefois, qu’elles soient toutes imaginaires. A côté de fables convenues et de fictions multiples, d’abondants documents et témoignages attestent de grossesses dans les couvents, de concubinages chez les prêtres, de nombreux enfants de gens d’Eglise placés ou abandonnés. Jusqu’à la Révolution française, il semble bien que la sexualité ecclésiastique ait été active, polymorphe et, comme on ne disait pas à l’époque, décomplexée.

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