« Une jeunesse sur le fil », sur LCP : à l’hôpital de Rennes avec des adolescents en détresse

Image extraite du documentaire « Covid, une jeunesse sur le fil », de Sonia Hedidi.

LCP Assemblée nationale – MERCREDI 27 OCTOBRE À 20 H 30 – DOCUMENTAIRE ET DÉBAT

Les conséquences de la pandémie de Covid-19 et des divers confinements continuent de peser sur la santé mentale des enfants et des adolescents. Les alertes se multiplient. Le nombre de passages aux urgences pour idées suicidaires, troubles de l’humeur, dépressions, addictions, progresse fortement dans plusieurs régions françaises.

La réalisatrice Sonia Hedidi nous plonge dans le quotidien de cinq filles, âgées de 11 à 17 ans et un garçon qui ont eu – ou ont encore – des idées suicidaires, certains ayant fait des tentatives de suicide. Ils sont tous passés par le service des urgences du CHU de Rennes et pris en charge par l’équipe mobile d’urgences pédopsychiatriques de Sylvie Tordjman, chef du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de Rennes, où l’on organise aussi des rendez-vous à domicile.

« Idées sombres »

Paul, 15 ans, dit partir souvent la nuit à vélo. « Je me concentre juste sur le chemin (…). Le vélo, ça fait que je ressens rien, et quand on est triste, ne rien ressentir c’est cool, ça enlève toutes les souffrances, les idées sombres. » Ce soir-là, il restera deux heures au-dessus d’un pont, avec l’envie de sauter. « Pourquoi on fait l’effort de continuer à exister quand on trouve ça plus logique de partir », questionne Adélaïde, 16 ans, qui dit avoir « une peur panique de la solitude » et « très très mal vécu le confinement ». Pour Eloane, 17 ans, « en plein confinement, vivre devenait dur, vivre devenait épuisant ». Fumer du cannabis, « jusqu’à onze joints par jour », lui permettait « de ne plus penser ». Madina, 12 ans, dit « avoir fait la con… j’ai pas réfléchi, j’ai pris toute la boîte de Doliprane ».

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« La crise sanitaire a été un amplificateur pour des jeunes qui avaient des problèmes bien antérieurs, des difficultés psychologiques qui étaient déjà là. Le confinement a aussi diminué l’activité physique, augmenté le temps d’écran, ce qui désynchronise les horloges physiologiques », analyse Sylvie Tordjman. « L’isolement social a majoré les choses », ajoute le pédopsychiatre Paul Guillemot, qui décrit aussi un autre phénomène : des jeunes « nous ont amené leurs parents », dont certains ne vont pas bien du tout…

Le documentaire raconte aussi les coulisses des consultations, les équipes confrontées au manque de lits, le désarroi des soignants, leur fatigue. Ces histoires souvent difficiles peuvent faire écho aux leurs. « Je reste persuadée qu’une rencontre peut suffire à faire dévier une trajectoire », tente de (se) rassurer Tu-Anh, infirmière spécialiste en thérapie familiale de l’équipe de Rennes. Deux mois après une tentative de suicide, le jeune Paul dit avoir « perdu ses angoisses nocturnes ».

Covid, une jeunesse sur le fil, de Sonia Hedidi (Fr., 2021, 60 min).Suivi d’un débat animé par Elizabeth Martichoux. LCP Assemblée nationale