United Airlines : « Il faut convaincre la clientèle business de quitter ses conférences Zoom pour redécouvrir le vaste monde »

Boeing 737 Max 9 de la compagnie United Airlines à l’aéroport international du comté de King, à Seattle, le 18 novembre 2020.

On croyait que le SARS-Cov-2 avait terrassé le monde d’hier, anéanti pour longtemps les craintes et les espoirs d’un monde toujours plus en mouvement, toujours plus rapide. L’effondrement du transport aérien en était le symbole. Et soudain les affaires reprennent avec une vigueur que personne n’avait anticipée. Mardi 29 juin, la compagnie aérienne United Airlines vient de passer la commande d’avions la plus importante de son histoire. Elle entend acheter d’un coup deux cents Boeing 737 MAX et soixante-dix Airbus A321Neo. La plus grosse commande de son histoire et la plus importante passée par une compagnie américaine depuis dix ans, représentant la création de 25 000 emplois.

A terme, l’entreprise aura ainsi augmenté de 30 % sa capacité totale de transport. Elle fait le pari que non seulement le transport aérien va rapidement retrouver son niveau d’avant-crise, mais qu’il ira bien au-delà. Et, plus surprenant encore, à l’heure de la téléconférence et du télétravail généralisé, United croit dur comme fer au grand retour des hommes d’affaires dans les aéroports.

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« Tout ce que nous voyons chaque semaine nous persuade que les voyages d’affaires et internationaux reviennent », assure Scott Kirby, le directeur général de la compagnie. En conséquence, la quantité de sièges premium et de première classe sera augmentée de 75 %.

Offensive de charme

Voilà donc une entreprise qui a perdu, en 2020, près de 7 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros) et qui se permet un an plus tard d’annoncer un investissement de 30 milliards de dollars (hors rabais). Et M. Kirby est tellement sûr de son coup qu’il va également moderniser l’ensemble de sa flotte, il est vrai très vétuste, en généralisant notamment les écrans sur tous les sièges. C’est le miracle du transport aérien qui trouve soudain le moyen d’investir, alors que ses fins de mois sont catastrophiques.

Ce pari audacieux s’appuie sur deux raisonnements que l’on espère rationnels. Le premier est que la flotte d’United est très ancienne et qu’elle profite de l’occasion pour mettre au rancart ses petits avions régionaux de cinquante places, peu rentables et trop gourmands en carburant. Disposer des derniers modèles à forte capacité et à faible consommation réduit drastiquement les coûts d’exploitation, constitués pour un tiers par l’achat de kérosène.

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Le deuxième argument est plus volontariste. La clientèle business est le cœur du modèle économique des compagnies aériennes. Il faut absolument la convaincre de quitter ses conférences Zoom pour redécouvrir le vaste monde. Toutes les compagnies américaines sont donc engagées dans une vaste offensive de charme auprès de cette clientèle. C’est la même raison qui a poussé United Airlines à précommander, début juin, quinze avions supersoniques à une start-up qui n’en a jamais construit un seul. La conviction aussi que le ciel appartient aux fous et aux audacieux.