Urgence au Birmanie : « La réponse d’Emmanuel Macron n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation »

Tribune. Quatre mois se sont écoulés depuis le coup d’Etat militaire en Birmanie [Myanmar]. Quatre mois de protestations contre la junte qui a renversé un gouvernement nouvellement élu. Quatre mois de tirs sur des manifestants pacifiques. Quatre mois d’arrestations arbitraires de fonctionnaires civils, de leaders de la contestation et de journalistes.

En quatre mois seulement, les forces de sécurité ont tué plus de 800 personnes et en ont détenu des milliers, dont certaines ont été victimes de disparitions forcées, augmentant le risque de torture et d’exécutions sommaires.

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Parallèlement, l’escalade des combats et la vulnérabilité accrue dans les zones de minorités ethniques ont forcé au moins 175 000 personnes à fuir leur foyer. Dans tout le pays, les médias sont fermés et l’accès à Internet est presque inexistant. Les conditions humanitaires et l’insécurité alimentaire s’aggravent partout. L’ONU a prévenu que la moitié de la population de la Birmanie, soit environ 25 millions de personnes, pourrait vivre sous le seuil de pauvreté national d’ici début 2022.

Des sanctions sur le secteur pétrolier

La réponse du président Emmanuel Macron à cette catastrophe n’a pas encore été à la hauteur de la gravité de la situation. Le 11 juin, le président de la République se rendra au Royaume-Uni pour rencontrer les autres dirigeants du G7. Ce doit être l’occasion pour lui de faire preuve d’audace et de travailler plus étroitement avec les principaux gouvernements pour une réponse internationale plus ferme et robuste face aux graves crimes de la junte en Birmanie.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, et le Canada ont déjà imposé une série de sanctions de plus en plus sévères aux dirigeants de la junte et aux entreprises qu’ils contrôlent, principales sources de revenus de l’armée. L’Union européenne (UE) est en train elle aussi de préparer un nouveau jeu de sanctions qui devrait être adopté le 21 juin lors du prochain Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne.

Il est impératif que ces sanctions visent les revenus du secteur pétrolier et gazier en Birmanie et que la France adopte une approche volontariste et proactive pour emmener ses partenaires européens et internationaux vers cet objectif urgent. Aujourd’hui, les Etats-Unis et d’autres partenaires clés du G7 étudient les possibilités de bloquer l’accès de la junte aux revenus du gaz naturel, qui constituent la principale source de devises étrangères de l’armée (environ 1 milliard de dollars par an), argent que l’armée utilise pour acheter des armes, payer ses réseaux clientélistes et maintenir son emprise sur le pouvoir.

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