Vaccination anti-Covid-19 : un succès pour Emmanuel Macron

Editorial du « Monde ». Qui l’aurait cru ? Neuf mois après le début de la campagne d’injections, la France s’est hissée parmi les pays champions de la vaccination anti-Covid. Cinquante millions de personnes y auront reçu au moins une dose au début de septembre, soit 75 % de la population. Le pays, souvent présenté comme une nation de rebelles, fait mieux que le Royaume-Uni, pionnier et longtemps champion d’Europe, mieux que l’Allemagne, les Etats-Unis et même Israël, un temps donné en exemple. Inespéré, ce taux de couverture vaccinale permet d’aborder plus sereinement une rentrée qui semblait menacée par l’avancée de l’agressif variant Delta. Le Covid-19 ne brisera pas la reprise économique qui se profile et n’empêche pas le retour presque normal dans les classes et les amphithéâtres.

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Pour le président de la République et son gouvernement, le succès est d’autant plus net qu’il survient après des épisodes chaotiques – pénurie de masques, puis de vaccins – dans la gestion de la pandémie. Il est rehaussé par la mise en œuvre, sans véritable accroc, du passe sanitaire, stratégie destinée à inciter à la vaccination dont M. Macron a pris la responsabilité dans son discours du 12 juillet. Si la mesure continue de susciter des oppositions, son effet d’accélération sur la couverture vaccinale des Français est spectaculaire : elle a permis de la faire bondir de 55 % à 70 % en un peu plus d’un mois.

Paradoxe français

Cette ruée sur les centres de vaccination consécutive au discours présidentiel illustre un paradoxe français. Rétifs à l’autorité, volontiers critiques à l’égard des injonctions infantilisantes, les citoyens, que l’on dit las des discours politiques, ont entendu celui du président, au point d’obéir largement à sa consigne. Comme s’ils avaient besoin d’une parole venue d’en haut pour intégrer les enjeux réels de la vaccination et accepter que le retour à la vie sociale et à la liberté des réjouissances et des voyages collectifs passe par la contrainte d’un QR code. Positive pour la santé des Français, une pareille allégeance, parfois à contrecœur, à une injonction élyséenne, n’est pas nécessairement un signe de bonne santé de la démocratie.

L’indubitable réussite vaccinale permet à Emmanuel Macron d’aborder en bonne position la campagne pour la présidentielle de 2022. Mais l’exécutif aurait tort de pavoiser. Bien des événements peuvent survenir pendant les huit mois qui nous séparent du scrutin. Le virus du SARS-CoV‑2 a déjà montré sa capacité à bouleverser les situations apparemment acquises, et la campagne vaccinale française – qui s’essouffle désormais – souffre de plusieurs faiblesses : 15 % des personnes âgées de plus de 80 ans vivant chez elles, les plus vulnérables, ne sont toujours pas protégées et la démarche consistant à « aller vers » les publics pauvres et précaires – une innovation qu’il faudra perfectionner – peine à porter rapidement ses fruits.

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L’exécutif a beau jeu de se présenter en champion des choix fondés sur la raison et la science. Mais il n’en a pas le monopole. Le pire serait que le relatif apaisement du front de la pandémie réactive les réflexes de mépris, voire d’arrogance des élites, dont Pierre Rosanvallon analyse dans son dernier livre le caractère dévastateur. Le succès sanitaire enregistré dégage l’horizon pour d’autres débats indispensables – éducation, emploi, climat, Europe, etc. – et donne de nouvelles responsabilités à l’exécutif : proposer des perspectives à des Français éreintés par dix-huit mois de Covid-19, et les écouter quelle que soit leur attitude à propos de la vaccination.

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