Vague verte sur La Grande-Motte

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Publié aujourd’hui à 18h00

Peut-on aimer La Grande-Motte sans commencer par faire un peu d’histoire ? Décriée d’abord, méprisée ensuite, snobée longtemps, la station phare de l’Hérault, toute proche de Montpellier, entre dans sa maturité. En 1956, la troisième semaine de congés payés lance les Français à l’assaut des stations espagnoles construites par le régime franquiste. Pour stopper cette hémorragie et fixer les vacanciers sous le soleil du golfe du Lion, la mission Racine (mission interministérielle d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon), une grosse machine gaullienne, se propose d’aménager les côtes sauvages qui vont du Gard aux Pyrénées-Orientales. La Grande-Motte sera le fleuron de cet ensemble de cinq « unités touristiques ».

Dans le centre, les aiguilles les plus hautes dominent désormais les immeubles de deux ou trois étages qui bordent les axes.

Avant le premier coup de pelle en 1964, le site est hostile : un plat pays écrasé de chaleur l’été, des terrains bas – les sansouïres – inondés par les tempêtes hivernales, des moustiques qui pullulent et des vents qui soufflent en tous sens, et parfois très violemment. C’est probablement parce que le cordon dunaire très bas était plus élevé à l’emplacement de l’actuel point zéro – entre la grande roue et la thalasso – que la ferme qu’il y avait là, puis la ville nouvelle, se sont appelées « grande motte ». La Grande-Motte, avec des majuscules, ne succède donc pas à un « petit village de pêcheurs » : c’est une ville nouvelle dans la plus pure acception du terme, née du néant.

A gauche : la résidence Fleurie II. A droite : sur la place Paul-Valéry.

Aujourd’hui, la dureté de la nature sauvage et des décennies de chantier a fait place à la douceur : les pyramides brisent les vents, l’ombre des arbres garde la fraîcheur en été, l’avant et l’arrière-saison se réchauffent au même rythme que la planète (mais de ça, on ne se réjouit pas). Les moustiques, eux, sont plus ou moins démoustiqués. Il n’y a rien à visiter en tant que tel à La Grande-Motte : le monument, c’est la ville elle-même. La plage est simple comme un trait, plus sauvage côté Grand Travers, plus étroite coté ville. La Grande-Motte se vit à vélo ou à pied, comme une expérience de ville (presque) sans voiture avant l’heure.

De l’Eden à l’Acapulco

Mais ce qui change l’expérience de la ville depuis quelques années, c’est la pleine maturité des arbres plantés il y a un demi-siècle, qui conduit à une inversion sensorielle inédite : le vert a gagné ! De la splendide église Saint-Augustin aux pyramides en passant par le quartier des villas, les platanes, les cyprès de Leyland ou de Lambert et surtout les pins maritimes, pignon ou d’Alep ont gagné la bataille du béton. Les pins, parfois hauts de 15 mètres, transforment entièrement l’accès à la cité : on a la sensation que la route a été construite dans la forêt, alors qu’elles l’ont été ensemble. Dans le centre, les aiguilles les plus hautes dominent désormais les immeubles de deux ou trois étages qui bordent les axes et sont ainsi noyés de verdure.

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