« Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a fait des transports une arme politique »

La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, et le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, à Petite-Forêt (Nord), en février 2019.

Pertes & profits. Valérie Pécresse a pris sa plus belle plume et l’a trempée dans l’encre la plus noire pour dire son fait au PDG d’Alstom : vous êtes responsable d’un « naufrage industriel », écrit la présidente de la région Ile-de-France (IDF) dans une lettre à Henri Poupart-Lafarge, révélée par Les Echos du mardi 26 octobre. C’est par un audit de SNCF Voyageurs qu’elle a appris que l’autorité des transports IDF Mobilités, qu’elle préside, ne se fera livrer ses premières rames de RER Nouvelle génération (RER NG) pour les lignes D et E du réseau transilien qu’à la mi-mai 2023, soit deux ans de retard sur le calendrier initial.

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Mme Pécresse touche là où cela fait mal : la performance d’Alstom. En consortium avec le canadien Bombardier, il avait remporté ce contrat de 3,7 milliards d’euros (pour 255 rames), en janvier 2017. L’accumulation des retards est due, écrit-elle, à « des défauts d’organisation relevant d’un manque manifeste de maîtrise du processus industriel ». Une situation « inconcevable de la part d’un leader mondial du secteur », devenu le deuxième constructeur ferroviaire après le rachat de Bombardier. « J’exige que vous mobilisiez à vos frais tous les moyens nécessaires afin d’y remédier », tranche-t-elle.

Des conflits qui sont monnaie courante

Le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, en a aussi un peu pris pour son grade. Dans une seconde missive, Mme Pécresse lui reproche de n’avoir pas su « empêcher des dérives de planning successives », alors que l’opérateur ferroviaire est le seul à disposer des compétences pour suivre ces contrats. Il doit, selon elle, réclamer 64 millions d’euros de pénalités à Alstom pour la première tranche du contrat. Et elle demande aux deux patrons de venir s’expliquer devant le conseil d’administration d’IDF Mobilités.

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La modernisation de ces deux lignes, qui transportent, chaque jour, 1,23 million de voyageurs, est un enjeu considérable. Les RER NG de plus grande capacité (1 860 passagers) et leur système de régulation Nexteo amélioreront le service et la ponctualité, et permettront un passage des trains en gare toutes les quatre-vingt-dix secondes. Alstom plaide que c’est justement la complexité de Nexteo, la crise sanitaire et les modifications successives du cahier des charges par IDF Mobilités qui expliquent le retard.

La présidente de la région capitale a fait des transports une arme politique. Comme à l’été 2020 et en septembre, quand elle a suspendu ses versements à la SNCF et à la RATP pour forcer l’Etat à régler des indemnités compensant les manques à gagner liés au Covid-19. Comme début octobre, en dénonçant la dérive de 3,8 milliards à 5,4 milliards du coût de la prolongation de la ligne E vers l’ouest francilien. Depuis le transfert intégral des transports à la région, en 2004, les conflits entre l’Etat, les opérateurs et IDF Mobilités sont monnaie courante. Ils ont pris une acuité particulière avec la candidature à l’investiture des Républicains pour la présidentielle d’une élue qui veut faire de la rigueur financière (et de la sécurité) sa marque de fabrique politique.