« Venom : Let There Be Carnage » : Feydeau chez les symbiotes

« Venom : Let There Be Carnage », d’Andy Serkis.

L’AVIS DU « MONDE » – « POURQUOI PAS »

En tant que concessionnaire de Spiderman, Sony est une pierre dans le garage Disney, qui y a déjà disposé toutes les figurines de l’univers Marvel sans pouvoir disposer à sa guise de l’homme-araignée. Gageons que ce n’est qu’une question de temps pour l’ogre de Burbank. En attendant, Sony, de « reboot » en « spin-off » et en « rereboot » (déclinaisons diverses de films ou séries), exploite Peter Parker à toutes les sauces et développe, à l’instar de son concurrent, « l’univers élargi » du personnage, censé mettre à l’honneur ses principaux antagonistes. Le studio s’est ainsi lancé, en 2018, dans une saga, Venom, qui, si elle a honoré son contrat commercial, est assez bien partie pour ne pas rester dans les annales. En voici le deuxième épisode, qui ne bouleverse pas fondamentalement la donne.

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On y retrouve le journaliste Eddie Brock (Tom Hardy), hôte d’une bactérie extraterrestre qui le transforme sporadiquement en un monstre anthropophage dénommé Venom. Soit « un des personnages les plus impressionnants et les plus complexes de l’univers Marvel » nous rassure le dossier de presse, ce qui se traduit dans un langage non promotionnel par un des monstres les plus hideux et stupides que compte ledit univers. Une sorte de lézard noir géant visqueux, avec une tête en forme de haricot et une mâchoire prodigieusement dentée. Encore faut-il ajouter qu’apparu dans les comics en 1984 Venom a tout d’une contrefaçon de l’Alien de Ridley Scott, qui l’avait lui même extirpé de l’imagination ténébreuse de l’artiste suisse Hans Ruedi Giger.

Combat final titanesque

Toujours est-il que cette suite confronte Brock/Venom au tueur en série Cletus Kasady (Woody Harrelson), lequel, après avoir mordu au sang Brock venu recueillir ses confessions de condamné à mort, se transforme aussi sec en Carnage. Soit une version améliorée de Venom, rouge, tentaculaire et lanceuse de rayons mortels, encore plus débile, encore plus méchante, laquelle n’a visiblement d’autre but que d’éliminer de la surface de la terre son papa. Passons sur le combat final titanesque, dans la tour, modèle de légèreté et de copier-coller. Pour ce qui précède, à peu près rien. Aucun acte un tant soit peu motivé. Aucune profession ne serait-ce qu’esquissée. Aucun sentiment qui tienne la route.

Une petite amie de part et d’autre, réduite à de la figuration dans chaque cas. On a en revanche mis le paquet sur la relation intime entre Brock et Venom, distanciée à souhait, façon scène de ménage en continu entre l’hôte et son parasite. Du Feydeau (paix à son âme) chez les symbiotes. Privé de cervelle humaine, son plat de base, par Brock, Venom est mis à un régime chocolaté qui le rend fou. C’est sans doute ce côté potache, freudo-brechtien d’opérette, qui en fait un divertissement pop et sauve le film du désastre. Le registre, rehaussé d’effets de ventriloquie amusante pour les dialogues, est malgré tout assez vite épuisé. On ressort songeur.

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