Vers une pérennisation des « salles de shoot »

« L'Argos », une salle de consommation à moindre risque de drogues, à Strasbourg, le 11 juillet 2016.

Le sujet est toujours aussi sensible parmi les habitants du quartier parisien de la gare du Nord. La salle de consommation à moindre risque − dite « salle de shoot » − pour les usagers injecteurs de drogues, ouverte en 2016 dans le cadre d’une expérimentation prévue pour six ans, voit sa date d’échéance approcher. Et le débat, particulièrement vif à sa création, de reprendre de plus belle, dans un contexte où à quelques stations de métro seulement, à Stalingrad, les tensions se sont accrues parmi les riverains confrontés aux usagers de crack.

Il y a ceux qu’on entend le plus depuis le lancement du dispositif à Paris, les opposants à cette structure située rue Ambroise-Paré dans la partie populaire du 10e arrondissement, avec douze « postes d’injection » (utilisés principalement avec des opiacés comme l’héroïne, le skénan…) pour quelque 400 passages par jour, en temps normal (une fréquentation réduite depuis le début de la pandémie, avec la fermeture de certains postes). Il y a ceux aussi que l’on entend un peu moins, favorables au dispositif.

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Développées depuis les années 1990 dans d’autres pays comme la Suisse, ces structures dites de réduction des risques, qui permettent aux usagers de drogues de les consommer dans des conditions plus sûres, encadrés par du personnel qualifié, se retrouvent à un tournant. Lancée en France dans deux lieux − le quartier autour de la gare du Nord, ainsi qu’à Strasbourg, à plus petite échelle et avec moins d’habitants aux alentours, dans l’enceinte de l’hôpital civil −, l’expérimentation s’achève en 2022. Mais le gouvernement va devoir se positionner dès les prochaines semaines sur l’avenir de ce dispositif, qui électrise régulièrement les débats sur la scène politique.

Car le temps presse. « Comme en 2016, il faut en passer de nouveau par la loi, rappelle Yann Bisiou, maître de conférences à l’université Paul-Valéry-Montpellier III, spécialiste du droit de la drogue. Avec un calendrier parlementaire particulièrement serré dans les prochains mois, il va falloir aller vite. »

Deux ou trois projets bien avancés

Le sujet reste épineux : loin de la problématique sanitaire, Emmanuel Macron a mis l’accent depuis quelques mois sur le volet répressif de la guerre contre la drogue et ses trafiquants, « mère de toutes les batailles », de même que le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin.

« Le contexte est inquiétant », entend-on à la Fédération addiction. « Une fois de plus, le président et l’exécutif posent la question de la drogue uniquement du côté sécuritaire, en déclarant la guerre aux drogués, mais on sait déjà que cela ne marche pas », défend Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération, qui rappelle que la consommation n’a cessé de progresser ces dernières décennies, et promeut la « logique de santé publique » qui se trouve derrière ces salles.

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