Victor del Arbol : « Les monstres prospèrent derrière les murs de notre ignorance et de notre silence »

L’auteur catalan Victor del Arbol publie, chez Actes Sud, « Avant les années terribles », son huitième roma traduit en français.

Victor del Arbol publie son huitième roman traduit en français, Avant les années terribles (Actes Sud, 400 pages, 23 euros) où il plonge le lecteur dans la réalité cauchemardesque des enfants soldats en Afrique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Avant les années terribles » : le cœur ténébreux de Victor del Arbol

Dans ce livre, vous reprenez vos thèmes de prédilection avec cependant une différence majeure : vous quittez l’Espagne pour l’Afrique. Pourquoi ce choix ?

Vers 2008, j’étais dans une ONG. Et une personne qui travaillait dans un camp de réfugiés au nord de l’Ouganda m’a parlé de Joseph Kony et de l’Armée de résistance du seigneur. Cette histoire m’a happé. Car les thèmes de l’enfance, de l’enfance volée, m’importent beaucoup. J’y suis allé, et je me suis dit qu’il fallait que je raconte cette histoire, que je décrive cette réalité. Mais à ce moment-là, je ne me sentais pas capable, comme écrivain, d’affronter une telle histoire.

C’est-à-dire ?

Le problème de parler de l’Afrique, des enfants soldats, en étant Européen, est le risque de tomber dans le cliché, de se laisser porter par l’émotion, de faire une histoire spectaculaire mais avec peu de véracité dans le fond. Créer un impact immédiat chez le lecteur ne m’intéresse pas. Ce que je veux, c’est susciter une réflexion pour aller plus loin que l’anecdotique. J’ai l’impression d’y être parvenu avec ce livre.

Vous faites le choix d’écrire à la première personne. Avec un risque : être accusé de vous approprier l’histoire africaine. Vous a-t-on fait ce reproche ?

Par définition, la culture n’a pas de propriétaire. Elle circule, interagit. La vraie question était comment ne pas juger, ne pas se placer du point de vue occidental et ne pas faire un roman de moraliste. Pour éviter cela, il fallait que je mette dans la peau du personnage un enfant ougandais, afin d’explorer ses contradictions.

J’ai rencontré des points communs évidents entre ces enfants et beaucoup d’autres partout dans le monde. La violence, l’humiliation, la souffrance sont universelles. J’aurais pu parler d’un enfant tchétchène. Mais l’Afrique me permettait de parler de Joseph Kony et du fait que les monstres prospèrent derrière les murs de notre ignorance et de notre silence. Par ailleurs, en Espagne, la connaissance que l’on a de l’Afrique est irréelle, fictionnelle. Je voulais raconter l’Ouganda tel qu’il est. Enfin, l’immigration subsaharienne est un phénomène récent dans mon pays. Il y a une conflictualité qui n’existait pas avant. Il faut dépasser les peurs. Je crois que la littérature, et notamment un livre comme Avant les années terribles, a un rôle à jouer dans ce sens. L’empathie rend l’intégration plus facile.

Il vous reste 49.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.