Vienne, pionnière des villes sensibles au genre

Des immeubles d’habitation dans le quartier d’Aspern Seestadt, à la périphérie de Vienne (Autriche), le 8 juin 2021.

Les mots sont écrits sur d’immenses panneaux gris, surplombant le lac : Frauen bauen Stadt, « les femmes construisent la ville ». Erica et Lucas Hofer, un couple de trentenaires, y jettent un œil distrait depuis la promenade Janis-Joplin, où ils sont en repérage. « Ici, toutes les rues portent des noms de femmes », remarque Lucas, ingénieur de profession. « Mais ce n’est pas pour cela que nous aimerions nous installer à Aspern Seestadt », ajoute sa compagne, elle aussi ingénieure. Un peu plus loin, ils remontent la rue Maria-Tusch, large et lumineuse, sans différence de niveau entre le trottoir et la chaussée. Près des halls d’entrée, des espaces sont conçus pour accueillir vélos, poussettes, chaises roulantes et jouets. « Et attendez de voir la suite », s’enthousiasme Lucas, imaginant déjà poser ses valises ici.

Crèches, commerces, bureaux, espaces de coworking au pied des immeubles : à Aspern Seestadt, tout a été conçu pour que les femmes, autant que les hommes, puissent profiter de l’espace public, mais aussi concilier au mieux vie professionnelle et vie personnelle. Ce quartier de 240 hectares à la périphérie de Vienne, au bout de la ligne 2 du métro, est l’un des projets de développement urbain les plus ambitieux d’Europe. Neuf mille personnes y vivent déjà. En 2030, elles seront 30 000. « L’ensemble est construit selon les derniers critères environnementaux et une démarche sensible au genre », détaille Wolfgang Gerlich, de PlanSinn, un cabinet d’urbanisme accompagnant le projet.

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Démarche sensible au genre, ou gender mainstreaming, en anglais : Vienne est l’une des villes pionnières de cette approche préconisée par l’Organisation des Nations unies depuis 1995. « Il s’agit d’une stratégie visant à incorporer les préoccupations et expériences des femmes autant que celles des hommes dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques dans tous les domaines – politique, économique et social, explique l’institution, sur sa page Internet dévolue à ce sujet. Le but ultime est d’atteindre l’égalité entre les sexes. »

A première vue, cela peut sembler quelque peu éloigné de l’urbanisme et des problématiques quotidiennes gérées par les mairies. « Mais en vérité, nous sommes au cœur du sujet : Vienne, comme la plupart des villes européennes, a été conçue par et pour les hommes », explique l’architecte Sabina Riss, qui étudie les relations entre urbanisme et genre à l’université technique de Vienne. Comprendre : les mobilités, les rues, les quartiers ont été pensés essentiellement pour les trajets domicile-travail, négligeant les autres temps de la journée. A savoir ceux consacrés à amener les enfants à l’école, aux courses, aux soins à domicile, aux visites aux parents âgés… Autant de tâches encore principalement effectuées par les femmes, même si les lignes bougent.

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