Vincent Bolloré, un empire bâti sur des coups financiers

Vincent Bolloré, à Paris, en avril 2018.

Cela peut paraître paradoxal quand le nom de Vincent Bolloré est associé, depuis trente ans, à tant de raids et de bagarres boursières, mais le magnat breton n’est pas un habitué des OPA : il a même tout fait pour les éviter.

Certes, par le passé, il a lancé bon nombre d’offres publiques quand il s’agissait de simplifier ici et là une cascade de holdings ou de réorganiser son empire. En 2017, Vivendi a ainsi racheté la totalité d’Havas en Bourse, après avoir acquis, auprès de Groupe Bolloré, une participation de 59 % dans l’entreprise de communication : à noter, tout de même, que l’artiste avait réussi à franchir le seuil de 30 %, sans lancer d’OPA.

Mais, pour ses conquêtes, M. Bolloré s’en est tenu à ce principe : pourquoi payer 100 % du capital avec une prime, quand on peut être chez soi avec 15 % seulement, sans prime ? Il suffit de placer des administrateurs, c’est moins coûteux. Fort de cette conviction, « M. 27 % » s’est efforcé de rester sous la barre des 30 % de la plupart de ses proies, histoire d’éviter de déclencher une OPA obligatoire.

Stratégie de strangulation lente

La méthode a fait ses preuves. Avec ce système, conjugué à beaucoup de patience et de conviction, M. Bolloré a mis la main, au début des années 1990, sur le Groupe Rivaud, un vieil héritage colonial allant des Caoutchoucs de Padang aux mines de Kali Sainte-Thérèse, puis il a pris d’assaut l’armateur Delmas-Vieljeux. En 2005, quand il se saisit des rênes d’Havas, lors d’une assemblée générale épique, il détient 20 % du capital. Quelques années après, il est devenu l’homme fort de Vivendi, avec une participation de 5 % seulement, qu’il a ensuite renforcée au fil des ans, pour atteindre 27 % aujourd’hui.

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Et si d’aventure cette stratégie de strangulation lente ne fonctionnait pas, parce que la cible se révélait trop coriace, le Breton a toujours réussi, jusqu’ici, à revendre ses parts en empochant une jolie plus-value. Cela a été le cas, par exemple, pour sa participation dans Bouygues, cédée en 1998 à Artemis, la holding de la famille Pinault. En 2012, le milliardaire a fait la culbute, en revendant au publicitaire japonais Dentsu sa participation de 26 % dans le britannique Aegis.

Entré au capital sept ans auparavant, M. Bolloré avait en tête de rapprocher ce spécialiste de l’achat d’espace avec Havas, mais la City n’a guère goûté le scénario d’une prise de contrôle rampante. L’affaire semblait mal engagée, un peu comme l’offensive menée en ce moment sur Telecom Italia, en Italie : qu’à cela ne tienne, le chèque de 900 millions d’euros versé par le japonais a ensuite permis au gestionnaire pragmatique de financer sa montée au capital de Vivendi.

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