Vincent Sator porté par la nouvelle scène parisienne

« The Membrane », (2017) de Kokou Ferdinand Makouvia. Résine, acier, corde, toile de jute, poudre de cuivre Resin, steel, rope, hessian, Copper Powder.

Pour la première fois, la galerie Vincent Sator participe à la FIAC. Hors les murs, certes, au jardin des Tuileries, grâce à La Membrane, très troublante sculpture de métal, de cordes et de résine de Kokou Ferdinand Makouvia, organique et minérale à la fois ; mais enfin elle y est, « après dix ans d’existence tout juste », raconte son fondateur. Après être passé par le ministère de la culture et le Centre Pompidou, celui-ci renonce à son ambition initiale, devenir conservateur. « J’ai découvert ce que c’était que travailler avec des artistes vivants et les rapports avec les collectionneurs, que j’avais imaginés durs et dont j’ai découvert qu’ils pouvaient être passionnants. » Il cofonde et codirige de 2007 à 2010 la galerie Blue Square, rue Debelleyme, spécialisée en art russe ; puis, l’année suivante, ouvre sous son nom une galerie en plein Marais, passage des Gravilliers.

Pendant huit ans, il y présente une quinzaine d’artistes : peinture, dessin, photographie, installation, vidéo. Tous sont jeunes, comme le galeriste lui-même, alors juste trentenaire : « Ce que j’appelle mon canal historique. » En 2019, alors qu’il y pensait depuis quelque temps, l’opportunité d’ouvrir un deuxième espace s’est présentée. Il rejoint l’ensemble Komunuma à Romainville, avec trois galeries – Air de Paris, Jocelyn Wolff et In Situ Fabienne Leclerc –, la Fondation Fiminco et le FRAC Ile-de-France. « Aller à Romainville a été un bond. Très vite, c’est devenu, à la demande des artistes, l’espace principal : plus grand, plus beau, nouveau et porté par le dynamisme collectif d’un écosystème. » Les circonstances étaient pourtant tout sauf favorables. « Nous ouvrons en octobre 2019. Suivent la crise des “gilets jaunes”, les grèves et la pandémie. Et malgré tout, ça a fonctionné. » La galerie a gagné en visibilité et de nouveaux collectionneurs ont pris l’habitude d’y venir. « Il nous reste à améliorer nos liens de “proxilité”, avec les lieux d’enseignement, avec les pépinières d’entreprises. »

« La géographie a changé »

Sator voit dans ce succès une preuve de la mutation de la scène parisienne. « Quand j’ai commencé, elle était dominée par un discours dépressif, une manie d’autodénigrement. On en est sorti. L’offre est aujourd’hui beaucoup plus large et diversifiée : les sujets politiques et sociaux qui m’intéressent particulièrement sont de plus en plus présents. Et la géographie a changé. L’idée d’un centre unique qui a prévalu longtemps a perdu son autorité : plusieurs quartiers émergent sans affaiblir les autres. Un nouveau quartier se crée avenue Matignon, mais des galeries nouvelles ouvrent dans le Marais, celles de Saint-Germain tiennent bon et le secteur Romainville-Pantin a émergé ; le nouveau Brooklyn comme on dit. »

Il vous reste 16.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.