Vincent Tiberj : Derrière l’abstention, un « biais générationnel », une « action protestataire » et une « fracture politique »

Tribune. L’abstention a atteint un niveau historique record pour les départementales et les régionales 2021, y compris au second tour qui, habituellement, permet un sursaut de participation. Seul le référendum sur le quinquennat, en 2000, avait encore moins mobilisé les Français.

Très vite, l’analyse de l’abstention a tourné à la déploration : une crise civique qui s’accroît, un « jemenfoutisme » des citoyens, qui ont préféré profiter des terrasses ou de la plage. Journalistes, analystes et responsables politiques se sont interrogés sur le manque de pédagogie auprès des citoyens, notamment quant au rôle et à l’importance des régions.

Attention, cependant, car les explications les plus courantes passent à côté de l’essentiel : les citoyens n’ont plus le même rapport au vote et c’est l’une des variables explicatives les plus importantes pour entendre ces voix hors des urnes. Ce changement de culture est fortement lié au renouvellement générationnel.

On passe de générations nées avant-guerre ou juste après, où le vote est un devoir et une remise de soi aux élus, aux générations postérieures au « baby-boom » puis aux « millénials » (nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) et pour qui voter ne suffit plus. Ces changements générationnels forment désormais une nouvelle donne structurelle des élections, loin d’une simple histoire de conjoncture.

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Avant, de continuer, il faut aussi rappeler que la campagne « par en haut » a été trop courte, ne créant qu’un faible bruit médiatique. Les efforts de la dernière semaine n’ont pas permis de rattraper cette faiblesse. La focale est restée essentiellement sur les questions de sécurité et d’immigration, oubliant donc les enjeux autour des inégalités, de l’éducation, ou de l’environnement.

Et les campagnes « par en bas » n’ont guère eu le temps de se mettre en place : les réunions politiques en mode distanciel ne remplacent pas le long travail de mobilisation interpersonnelle des candidates et des candidats aux départementales, notamment dans les territoires où ces notables ont encore de l’importance.

Sauf les présidentielles

Les élections des 20 et 27 juin ont donc d’abord fait parler les voix des retraités, des « boomers » et de leurs aînés. Les sondages menés lors du jour du vote des 1er et 2e tours le font bien apparaître : l’âge (et donc en fait les générations) est la variable la plus discriminante en termes de participation.

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