Visionnaire, ambitieux, transgressif… Elon Musk, portrait d’un électron libre

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Publié aujourd’hui à 03h27

Il fait chaud, ce vendredi de juillet 2001, dans les montagnes rocheuses de l’Utah, au nord de Salt Lake City, quand Jim Cantrell reçoit l’appel d’un inconnu : l’homme prétend avoir fait fortune grâce à Internet, déclare tout de go qu’il veut lancer une mission vers Mars et qu’il entend, pour cela, acheter des fusées en Russie. Il se propose de sauter dans son avion privé pour rencontrer Jim à son domicile.

Celui-ci, ingénieur aéronautique, ancien salarié du Centre national d’études spatiales (CNES), connaît bien les Russes pour avoir travaillé avec eux entre 1989 et 1992 dans le cadre d’un programme franco-soviétique sur Mars. Mais en cette période encore troublée de l’après-guerre froide, le coup de fil lui paraît vraiment bizarre et il préfère rester prudent. « Je ne connaissais pas ce type, alors je lui ai donné rendez-vous le dimanche suivant dans la zone sécurisée de l’aéroport de Salt Lake City. Au moins, j’étais sûr qu’il ne porterait pas d’arme », se rappelle Cantrell.

C’est un jeune homme aux allures de gamin de 1,88 mètre, en tee-shirt, qui apparaît, lèvres fines, nez pointu, regard un peu bas. Il a 30 ans, un fort accent sud-africain, a fait fortune avec PayPal, une société pionnière en paiement sécurisé sur Internet. Il s’appelle Elon Musk.

Jim Cantrell écoute avec attention son interlocuteur au projet carrément extravagant. Nom de code de la mission : « Mars Oasis ». Objectif : expédier des plantes sur la Planète rouge pour y créer une atmosphère respirable et la rendre habitable. Et, bien sûr, il faut aussi une fusée… Sans doute excité par ce que lui raconte Musk, Jim Cantrell finit par accepter de l’accompagner en Russie avec un troisième acolyte, Michael Griffin, qui deviendra, en 2005, patron de la NASA, l’agence spatiale américaine. Les Russes éconduisent le jeune homme sans prendre de gants. « Je traduisais les échanges. Ils ne prenaient pas Musk au sérieux. Il était trop mal habillé, avec son tee-shirt, sans cravate. Ils avaient construit leurs missiles pendant la guerre froide et voyaient ce gamin américain qui voulait les leur acheter avec de l’argent qu’il n’avait sans doute pas. Ce type voulait faire de l’humanité une espèce multiplanétaire, ça les a énervés », se souvient Cantrell.

L’équipée reprend l’avion, de Moscou pour New York, en classe économique. Après le décollage, Griffin et Cantrell sirotent leur whisky tandis que Musk tapote furieusement sur son ordinateur. « Que peut bien faire cet idiot ? », demande Griffin, en donnant un coup de coude à son voisin. « Il doit se préparer à sauver le monde », répond Cantrell. « Musk, qui a tout entendu, se retourne et explose : “Allez vous faire foutre, les mecs. Je crois qu’on peut construire nous-mêmes cette fusée” », raconte l’ancien du CNES.

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