« Vladimir Poutine savoure son statut de “tsar du gaz” »

De son bureau du Kremlin, Vladimir Poutine savoure son statut de « tsar du gaz » dans un conflit moins brutal que les « guerres du gaz » contre l’Ukraine en 2005, 2008 et 2014. Le président russe sait que son pays, deuxième producteur mondial derrière les Etats-Unis, détient un pouvoir de marché considérable. Et il en use depuis plusieurs mois en exigeant de la société russe Gazprom qu’elle limite ses exportations vers l’Europe – surtout via le territoire ukrainien – et s’en tienne à la stricte application des contrats à long terme signés avec des groupes comme le français Engie.

La Russie n’est pas responsable de l’envolée du prix du gaz, multiplié par cinq en un an sur le marché européen. Celle-ci s’explique par d’autres raisons : forte demande mondiale après la chute de 2,9 % de la consommation en 2020, gros appétit de gaz naturel liquéfié en Asie, plus généreuse sur les prix d’achat, problèmes techniques sur des infrastructures européennes, stockages à remplir pour l’hiver… Autant de facteurs qui ont poussé le prix des quotas de CO2 à 65 euros la tonne et renchéri le gaz. Ces prix élevés se maintiendront jusqu’au printemps, prévoient les experts de l’énergie.

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Il reste que Moscou pourrait contribuer à les faire baisser en desserrant les vannes. Le patron de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a aussi souligné, jeudi 7 octobre, dans le Financial Times, que Gazprom pouvait mettre plus de gaz dans ses tuyaux. Et il a suffi que M. Poutine l’envisage (mollement) pour détendre le marché spot sur lequel s’approvisionnent les industriels pour une partie de leurs besoins. Mais peu d’experts croient en une volonté réelle du maître du Kremlin.

Deux raisons pour un statut quo

Le gaz reste une arme économique, et M. Poutine a deux raisons de maintenir le statu quo. La première est une critique des Européens. « Toute leur politique était de sortir des contrats à long terme et elle s’est avérée erronée, a-t-il déclaré lors d’une réunion avec les responsables du secteur énergétique russe. En conséquence, le prix du gaz a désormais battu tous les records historiques (…), soit plus de dix fois plus que le prix moyen de l’année dernière. »

« La politique [des Européens] était de sortir des contrats à long terme et elle s’est avérée erronée », a déclaré M. Poutine

Son porte-parole s’est chargé de donner la seconde raison. « La mise en service la plus rapide possible de Nord Stream 2 équilibrera considérablement les paramètres de prix du gaz en Europe », a souligné Dmitri Peskov. Ce gazoduc Russie-Allemagne est achevé, mais le régulateur allemand doit soumettre le projet à Bruxelles, très hostile à une infrastructure qui n’est « pas un projet d’intérêt commun européen ».

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