« Votre appréciation va m’empêcher d’entrer en licence, je vous demande donc de la modifier » : les révoltés du bulletin de classe

Tout comme les vols ­d’hirondelles annoncent le printemps, des pics de SMS, e-mails et autres messageries précèdent désormais la saison des conseils de classe. Des argumentaires d’élèves, de parents aussi, contestant des appréciations sur les bulletins jusqu’à deux heures avant les conseils, s’étonnant de mentions « non rendu », proposant d’organiser des rattrapages de rattrapage… Jusqu’à des élèves proposant de dédommager financièrement une enseignante pour le temps qu’elle accepterait de passer à écouter un nouvel oral.

Même dans le périscolaire, un club de théâtre a dû envoyer un message priant les parents de ne pas écrire pour négocier des changements de rôle pour leurs rejetons.

Tout cela n’est pas nouveau, mais voilà que ce qui était l’apanage des catégories favorisées il y a dix ans est désormais pratiqué par tous. Et pourquoi autant cette année ? C’est le sujet qui fait causer à la machine à café de la salle des profs. Est-ce l’anxiété générée par Parcoursup qui rend chaque parent, chaque élève, obsédé du dossier parfait ? Peut-être, mais Parcoursup existe depuis 2018… Est-ce la pression du passage au contrôle continu pour le bac ? Certes, mais cette tendance s’observe aussi dans les plus petites classes. Même dans le périscolaire, un club de théâtre a dû envoyer un message priant les parents de ne pas écrire pour négocier des changements de rôle pour leurs rejetons.

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Est-ce lié à la facilité avec laquelle, grâce aux messageries Pronote et EcoleDirecte, aux adresses e-mail et aux SMS, élèves et parents disposent de davantage de moyens pour communiquer avec les profs ? Est-ce que le confinement et les demi-jauges ont libéré ces échanges ? Faut-il chercher du côté de la perte de prestige des enseignants depuis La Guerre des boutons ? Ou de la redéfi­nition du job de manageur de la carrière scolaire de son enfant ? « Certains élèves et certains parents contestent systématiquement les résultats obtenus à chaque évaluation et certains élèves refusent de passer des contrôles pour ne pas faire baisser leur moyenne, peut-on lire dans le compte rendu de la réunion entre la direction du lycée Hélène-Boucher à Paris et les représentants de la FCPE. Les enseignants sont agacés ou déstabilisés par ces demandes. »

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Les profs, eux, se sentent abandonnés par l’institution, qui ne leur donne aucune consigne sur les réponses à donner. Les voilà ballottés par les flux et reflux de messages contradictoires de l’administration : « Ne mettez aucune annotation sur les copies, ça évitera les recours », « Attention, s’il n’y a aucune annotation, cela crée plein de recours de gens qui disent qu’ils n’ont pas été corrigés, donc mettez des traits rouges, mais pas de commentaires »…

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