Voyage en utopies économiques

Le livre« C’est lorsque la mer se retire qu’on découvre ceux qui se baignent nus », selon la célèbre formule attribuée à Warren Buffet. Le Covid-19 a enclenché une des pires crises de l’histoire moderne, désarçonnant les grands avocats d’une mondialisation économique permettant une croissance sans fin.

Ce virus n’est « finalement pas grand-chose à côté d’autres virus qui expliquent l’ampleur de la contagion et surtout ses conséquences terribles », estime Jean-Joseph Boillot, qualifiant de virus la mondialisation outrancière dans son modèle de production et de consommation ainsi que le prélèvement excessif sur les ressources de la planète.

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Alors que la civilisation industrielle est en crise et que la mondialisation est devenue chaotique, quels modèles économiques peuvent nous aider à penser et pratiquer une nouvelle sagesse pour le XXIe siècle ? s’interroge l’économiste dans Utopies made in monde.

L’ouvrage explore des pistes de renouvellement de la discipline économique « dont il faut dire qu’elle a autant de mal à s’ouvrir à l’hétérodoxie qu’à reconnaître la diversité des trajectoires de développement suivies par chaque pays. » Le livre retient une dizaine d’économistes, « peut-être pas assez connus ou pas assez au centre des débats économiques », ayant proposé un cadre théorique, des concepts, des modèles, qui peuvent fonder une sagesse économique pour l’avenir. « Tous ont en commun de l’avoir expérimentée, d’avoir mouillé leurs chemises, critère ultime de la sagesse pratique. »

La force de l’utopie

Malgré le « caractère parfois un peu ardu des raisonnements », il peut être utile de mieux connaître leurs solutions et leurs modèles pour bâtir une économie de la sagesse. On redécouvre alors Keynes à travers Perspectives économiques pour nos petits-enfants. Dans cet ouvrage, l’économiste expose sa vision d’une économie prospère où les humains, débarrassés des soucis économiques du quotidien, pourraient enfin envisager un art de vivre dans une société de loisirs et d’abondance relative.

L’ouvrage pointe les paradoxes de la globalisation libérale avec l’universitaire turc Dani Rodrik ; on suit le parcours du mathématicien d’origine roumaine Nicholas Georgescu-Roegen, fondateur de la bioéconomie ; et on s’intéresse à l’indice de développement humain imaginé par le philosophe indien Amartya Sen.

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De l’agroécologie indienne à l’esprit coopératif africain en passant par les montagnes sacrées chinoises jusqu’à son petit village normand, Jean-Joseph Boillot nous entraîne dans sa traversée intellectuelle et géographique. A l’échelle mondiale, l’alternative n’est ni le capitalisme ni le socialisme, mais la réduction ou non des inégalités de développement. « Et cela nécessite clairement de diviser par quatre l’empreinte écologique des pays riches pour permettre un rattrapage des pays pauvres pendant leur transition vers une prospérité neutre au sens bio économique du terme. »

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