W. E. B. Du Bois, Sébastien Ministru… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Sociologie. « W. E. B. Du Bois. Double conscience et condition raciale », de Magali Bessone et Matthieu Renault

Monument intellectuel aux Etats-Unis, le sociologue, historien, écrivain et militant des droits civiques W. E. B. Du Bois (1868-1963) fait l’objet d’une attention croissante en France. Magali Bessone, traductrice de son œuvre maîtresse, Les Ames du peuple noir (La Découverte, 2007), entreprend avec Matthieu Renault de présenter sa pensée dans une courte introduction. Ils se concentrent sur un concept central, la double conscience du sujet racisé – le fait de se penser soi-même à partir du regard de l’autre –, qui, écrivent-ils, permet à Du Bois de révéler « le substrat essentiel de la condition afro-américaine » et d’en faire une voie de progrès. Cette conscience particulière, au-delà de l’aliénation, offre en effet une vision plus large que la perspective dominante, ce qui fait des Noirs américains « la pierre d’achoppement de la démocratie américaine », dont ils sont « le sens et l’avenir ». La question raciale n’est rien d’autre, selon l’expression de Du Bois, qu’« un test concret des principes » de la démocratie. Sa pensée et ses combats ont dès lors, soulignent les auteurs, une portée universelle. Ils ne peuvent qu’enrichir le débat français. M.-O. B.

« W. E. B. Du Bois. Double conscience et condition raciale », de Magali Bessone et Matthieu Renault, Amsterdam, 160 p., 12 €.

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Roman. « Simone », de Léa Chauvel-Lévy

André Breton (1896-1966) relégué au second plan, voilà qui lui ferait sans doute tout drôle ! Mais le titre de Simone le dit assez : celle qui intéresse Léa Chauvel-Lévy, pour ce premier roman, est Simone Rachel Kahn (1897-1980), figure aujourd’hui méconnue, qui fut la première épouse du surréaliste en chef, mais surtout une grande galeriste, la première à exposer Max Ernst, une admiratrice précoce de Picasso et de Picabia. Simone saisit son personnage avant tout cela, en 1920, au moment de sa rencontre avec celui qui vient de créer la revue Littérature au côté d’Aragon et Soupault – et se ferme peu avant leur mariage, un an plus tard. A travers son personnage, Léa Chauvel-Lévy, commissaire d’exposition, offre au lecteur une plongée émouvante dans la vie de cette jeune femme assoiffée de liberté, parfois terrassée par la mélancolie, et dans le Paris des années 1920, des réunions des dadaïstes (que Simone ne prisait guère) aux fêtes effrénées du couturier Poiret. R. L.

« Simone », de Léa Chauvel-Lévy, L’Observatoire, 190 p., 18 €, numérique 13 €.

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