Wes Anderson, du Texas à Paris

Le réalisateur Wes Anderson, lors du 74e Festival de Cannes, le 13 juillet 2021.

Fin des années 2000. Perchés sur un Vélib, deux escogriffes errent dans les rues désertes de Paris, au petit matin. Cheveux longs, veste en tweed, Wes Anderson et Jarvis Cocker s’émerveillent devant la beauté alentour. Ils se sont fait un nom en appliquant leur dandysme au cinéma, pour le premier ; au rock, pour le second. Tous deux rêvent de Paris depuis l’enfance, Anderson le Texan après s’être gavé des films de Jean Renoir, Cocker l’Anglais après s’être bercé des chansons de Françoise Hardy. Paris ne les décevra pas, au point qu’ils finiront par s’y installer, avec femme et enfant.

Le résultat de cette épiphanie, The French Dispatch, sort mercredi 27 octobre. Ne s’ouvre-t-il pas sur l’ode à la France d’un reporter, à vélo ? Dans ses bureaux, à l’ombre de la tour Montparnasse, Wes Anderson précise que le film est la combinaison de trois envies : vanter les charmes de sa patrie d’adoption ; réaliser un film à sketchs, dans l’esprit de L’Or de Naples (1954), de Vittorio De Sica ; et raconter la vie d’une revue, inspirée de l’hebdomadaire The New Yorker. « Une fois le scénario écrit, je me suis rendu compte qu’il s’agissait surtout d’un film sur l’exil : qu’est-ce qui pousse certaines personnes à se reconstruire loin de l’endroit où elles ont grandi ? »

Jarvis Cocker y campe un chanteur fictif, Tip-Top, vénéré par la jeunesse soixante-huitarde. Pour la bande originale, l’ex-leader du groupe Pulp a repris Aline, le tube de Christophe. Ainsi que onze autres standards de « French pop », rassemblés sur l’album Chansons d’Ennui Tip-Top, paru le 22 octobre. « En 2006, au château de Versailles, je passais des disques pour fêter la sortie du film Marie-Antoinette, de Sofia Coppola : le son était atroce, personne ne dansait… Wes a eu pitié de moi, on a sympathisé, en partageant nos expériences d’expats », retrace Jarvis Cocker, 58 ans.

« Orchestrer le chaos »

L’Anglais vient d’écrire une chanson pour Asteroid City, le prochain film d’Anderson, dans lequel il incarnera un cow-boy. Il rentre à peine de son tournage en Espagne, à 50 kilomètres de Madrid, où le désert de la Monument Valley a été reconstitué. Le cinéaste évoque une production « sauvagement aventureuse », chamboulée par une météo tempétueuse et un groupe d’acteurs d’une « énergie émotive » qu’il n’avait jamais rencontrée jusqu’ici.

Parmi eux, nombre d’habitués des féeries andersonniennes (Bill Murray, Tilda Swinton…), et quelques nouveaux venus (Tom Hanks, Scarlett Johansson…). « On a tourné des plans très compliqués, avec beaucoup de comédiens en mouvement, décrit Anderson, 52 ans, les traits tirés. Il fallait orchestrer le chaos. » Et Jarvis Cocker d’abonder : « Quand vous regardez les films de Wes, leur minutie est telle que vous l’imaginez contrôlant chaque détail. Or, sur le tournage, la maîtrise cohabite avec la spontanéité. Certes, il vous invite dans son univers avec un story-board et une liste de références hyperprécis… Mais, dans le même temps, il guette chaque étincelle de vie, pour que ses visions prennent chair. »

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