WhatsApp : « L’Irlande paiera ses largesses fiscales qui la rendent si accueillante, en instruisant les procès des géants du numérique sous l’œil attentif de l’Europe »

A Bombay, en Inde, le 26 août 2021.

Pertes & profits. Les Irlandais, qui tiennent à leur indépendance, cultivent aussi un goût prononcé pour les ballades nostalgiques. Celle-ci pourrait s’appeler : « Je t’aime Europe, pourquoi me harcèles-tu ? » Le miracle économique de l’île doit beaucoup à l’Union européenne (UE), qui, en retour, exige un peu de discipline de la part de ces Dubliners facilement rebelles. L’Europe, qui apprécie déjà modérément la générosité fiscale du pays envers les multinationales étrangères, aimerait notamment que le pays soit un peu plus agressif sur le respect des règles européennes en matière de protection de la vie privée. Sur pression des autres membres de l’UE, l’Irlande vient d’infliger une amende record de 225 millions d’euros à WhatsApp pour infraction au règlement général sur la protection des données (RGPD).

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Les autorités locales avaient initialement proposé de taxer la société à hauteur de 50 millions pour ne pas avoir suffisamment informé ses utilisateurs du transfert de leurs données, comme leur numéro de téléphone, à sa maison mère, Facebook. Mais les gendarmes des autres pays de l’UE ont vite fait comprendre à l’Irlande que c’était largement insuffisant. En vertu de l’accord européen, les violations au RGPD en Europe doivent, en effet, être traitées dans le pays siège de l’entreprise, en concertation avec les autres régulateurs nationaux.

Le message est désormais clair, le pays doit assumer ses choix. Il paiera ses largesses fiscales qui le rendent si accueillant aux capitaux américains, en instruisant les procès sous l’œil attentif de ses collègues du Vieux Continent. Et comme près d’une trentaine de procédures visant les Google, Apple et autres Facebook, tous installés sur l’île pour leurs activités européennes, sont encore dans les tuyaux, le régulateur irlandais n’a pas fini de souffrir.

Un avertissement de plus

Cette histoire prouve que l’Europe peut imposer sa loi dans un domaine dont elle s’est fait une spécialité, la régulation des géants du numérique. Elle avait procédé de même en juillet, contraignant les autorités du Luxembourg, autre havre à la fiscalité légère, à imposer à Amazon une amende de 746 millions d’euros.

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Face à un tel front uni, et sous la menace de sanctions pouvant représenter 4 % de leur chiffre d’affaires, les grands oligopoles du numérique sont contraints de revoir leur copie. Dans le cas de WhatsApp, c’est un avertissement de plus, après la fronde provoquée par le changement de ses règles de confidentialité. Facebook, qui tente par tous les moyens de monétiser le succès de sa filiale, aurait sûrement apprécié une autre ballade irlandaise que celle que l’on chante aujourd’hui de Bruxelles à Dublin.