Wonder Tapie ou les adulateurs de la dernière heure

Bernard Tapie lors du lancement de la campagne publicitaire pour les piles Wonder, au Pavillon Gabriel, à Paris, en avril 1986.

Dans le livre Reste à ta place…!, de Sébastien Le Fol, sur les transfuges de classe, l’ancien président Nicolas Sarkozy explique que le mot « énergie » l’agace. « Que dit-on de ceux qui ont fait les grandes écoles ? Qu’ils sont intelligents par principe. A l’inverse, on a dit de moi que j’avais de l’énergie. » Et voilà que, à la mort de Bernard Tapie, Nicolas Sarkozy a salué « son énergie indomptable ». Une caractéristique à laquelle l’homme d’affaires s’était lui-même associé depuis la campagne des piles Wonder.

Célébrer Tapie et son énergie, c’est partager, croient-ils, un petit quelque chose avec les footballeurs, les Marseillais, les capitaines de PME, les antisystèmes et, qui sait, la France d’en bas qui n’avait rien à voir avec lui mais n’arrivait pas à le détester.

A cette qualité, beaucoup ont rendu hommage, d’Emmanuel Macron (elle « a inspiré des millions de Français ») à Valérie Pécresse en passant par Laurence Ferrari, Xavier Bertrand, Pierre Moscovici, Eric Dupond-Moretti, Nadine Morano. François Bayrou a même trouvé en l’ancien ministre « une centrale nucléaire en énergie ». L’énergie, ça met tout le monde d’accord. Un peu comme le courage face à la maladie, mais en moins triste. Ça évite d’autres qualités consensuelles, comme « fidèle en amitié », difficile à manipuler pour ceux qui se tenaient à distance il y a encore quelques années.

Dans cette béatification de l’énergie, ils se sont autorisé une amnésie sur les condamnations et les affaires de corruption. Alors, ils préfèrent dire « hors normes ». Parce qu’ils savent qu’ils n’arriveront pas à lui ressembler, parce qu’ils aiment le pouvoir et admirent ceux qui le gardent. Avoir connu les dorures de la République, la toute-­puissance de l’argent, les lumières de la télé, et avoir l’air d’un type qui parle comme au bistrot d’en bas, c’est rare. Et c’est précieux, surtout en cette époque où les élites sont dans le viseur populaire. Célébrer Tapie et son énergie, c’est partager, croient-ils, un petit quelque chose avec les footballeurs, les Marseillais, les capitaines de PME, les antisystèmes et, qui sait, la France d’en bas qui n’avait rien à voir avec lui mais n’arrivait pas à le détester.

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A quoi on les reconnaît

Ils avaient sous-estimé la ferveur de la Coupe du monde de foot, n’avaient pas été invités aux funérailles de Johnny, n’avaient pas regretté assez fort le départ de Belmondo… Cette fois, ils n’allaient pas rater l’adieu à Bernard Tapie. En année électorale, tout est bon pour essayer de raccrocher les wagons avec le peuple. Depuis l’irruption de la gouaille et des mœurs mafieuses dans la bourgeoisie, ils prêtent au reste de la France leur fascination pour les manières des voyous. Ils aiment raconter la fois où ils se sont fait engueuler par Tapie (sans savoir que tout le monde s’est fait engueuler par Tapie), ça prouve qu’ils ont été à portée d’oreilles. En célébrant Bernard Tapie, ils sont convaincus de se placer du côté des antisystèmes, tel Michel-Edouard Leclerc, qui estime que l’homme d’affaires, dans son élan, n’avait pas vu venir « l’alliance des grands bourgeois » contre lui. Ils évitent aussi de dire du mal de Didier Raoult et de Gérard Depardieu.

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