Xavier Crettiez : « La gifle reçue par le président en dit peu sur la violence et beaucoup sur l’évolution de l’action politique »

Que nous dit la désormais fameuse baffe portée au président lors d’une « visite de terrain » au plus près de la population, le 8 juin, à Tain-l’Hermitage (Drôme) ? Sûrement pas grand-chose sur la violence en politique. Succédant à divers épisodes où les élus ont pu éprouver une colère à fleur de peau, elle n’illustre en rien « une montée de la violence dans notre pays » et « un débordement de haine contre la République », comme on a pu le lire ici ou là.

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La violence n’est pas nouvelle en politique. Outre que le conflit est consubstantiel à l’activité politique, qui a aussi comme tâche de transmuer la régulation par les coups en régulation par les mots, la violence a toujours existé, y compris contre les élus, même les plus illustres d’entre eux.

Le général de Gaulle a fait l’objet de plusieurs tentatives d’atteinte à sa vie, dont l’attentat du Petit-Clamart − commis le 22 août 1962 par des nostalgiques de l’Algérie française −, resté dans les mémoires. Avant lui, un futur président du Conseil socialiste, Léon Blum, alors député de Narbonne, avait, le 13 février 1936, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, à Paris, échappé de peu à un lynchage des Camelots du roi, formation monarchiste activiste d’extrême droite.

Episodes « gilets jaunes »

Non seulement la violence n’est pas nouvelle, mais elle fut même bien pire dans les années d’entre-deux-guerres, époque de « milicianisation » de la rue, où les affrontements entre anciens combattants communistes, royalistes, fascistes étaient monnaie courante. Nous n’évoquerons pas la trentaine de morts du 6 février 1934 et son millier de blessés en plein cœur de la capitale.

Les années 1970, dans le sillage des affrontements idéologiques puissants de Mai-68, furent également des moments de tensions où bien des oppositions se réglaient à coups de barre de fer. Une récente étude d’un collectif de chercheurs [Violences politiques en France, Isabelle Sommier, Xavier Crettiez et François Audigier, Presses de Sciences Po, 2021, 416 p., 24 euros] a constitué la plus importante base de données de la réalité de la violence politique en France, ces quarante dernières années. La violence est une réalité, mais elle doit être relativisée.

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La France a connu, sur cette période de presque quarante ans, un peu plus de six mille épisodes de violence politique, dont 87 % n’ont fait aucune victime. Pour le reste – hors épisodes « gilets jaunes » –, on comptera 446 blessés légers, 158 blessés graves et 418 décès.

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