Yuriy Borisov, un acteur au physique anguleux et tout-terrain

Yuriy Borisov dans « Compartiment n° 6 » (2021), de Juho Kuosmanen.

Quel acteur ou actrice peut se targuer de figurer, la même année, dans deux films en compétition à Cannes (Compartiment n° 6, de Juho Kuosmanen, en salle le 3 novembre, et La Fièvre de Petrov, de Kirill Serebrennikov, à découvrir le 1er décembre), un film en compétition à Locarno (Gerda, de Natalia Koudriachova), un autre en compétition à Venise (La Fuite du capitaine Volkogonov, de Natalia Merkoulova et Alexeï Tchoupov) et un dernier dans la section Orizzonti de la Mostra (Maman, je suis à la maison, de Vladimir Bitokov) ? Et d’avoir accroché à son palmarès, en 2020, deux des dix films nationaux les plus populaires dans son pays ?

Cet acteur, c’est Yuriy Borisov, 28 ans, une gueule à la Belmondo, un charisme à faire chavirer le cœur de la jeune Finlandaise de Compartiment n° 6, une détermination dans le regard du capitaine Volkogonov, qui enraye la machine stalinienne, et un don qui lui permet de jouer, a contrario, le fiston docile grimé en Père Noël chez Kirill Serebrennikov.

Estimant que le métier d’acteur ne doit pas être bien compliqué, Yuriy Borisov quitte la grande banlieue moscovite qui l’a vu naître en 1992 pour le très réputé institut d’art dramatique Chtchepkine, qu’il intègre sans difficulté. Andreï Zviaguintsev lui met le pied à l’étrier du cinéma en lui faisant jouer, alors qu’il y fait encore ses études, un rôle de petite frappe dans Elena. Nous sommes en 2011, Yuriy a 18 ans : il ne s’arrêtera plus. Sur tous les fronts, il enchaîne films et séries, auxquels il prête son physique athlétique. Alternant œuvres d’auteur et films à grand spectacle, il joue de son visage anguleux dans des épopées guerrières (AK-47, biopic sur Kalachnikov) et des films de sport (L’Entraîneur, Les Patins d’argent), qui vont faire de lui une star dans son pays.

Mais c’est avec les films d’auteur que Borisov va peu à peu se faire connaître à l’étranger : DJ dans Le Cygne de cristal (2018), de la jeune Biélorusse Daria Jouk, leader d’un groupe de délinquants dans Le Taureau (2019), de Boris Akopov, il se fait remarquer dans les festivals internationaux. Néanmoins, c’est l’année 2021, ressemblant à un grand chelem, qui consacre cet acteur russe qui n’en est qu’au début de sa carrière.

Aptitude à se transformer

Si le star-system existe bel et bien en Russie, seuls les metteurs en scène parviennent, grâce aux festivals internationaux, à marquer les esprits : de Pavel Lounguine à Andreï Zviaguintsev, d’Alexandre Sokourov à Kantemir Balagov, de Youri Bykov à Kirill Serebrennikov, les années post-perestroïka ont fait émerger sur la scène internationale une nouvelle génération de metteurs en scène, sans que les interprètes suivent la même voie – malgré des prix d’interprétation prestigieux remportés à Cannes (Konstantin Lavronenko en 2007), à Venise (Ksenia Rappoport en 2009) ou à Berlin (Grigori Dobryguine et Sergueï Pouskepalis en 2010).

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