Yves Bélorgey peint toutes les facettes du Mirail

Série « Images de l’intérieur », d’Yves Bélorgey, exposée à La Fabrique, à Toulouse, dans le cadre du festival Le Printemps de septembre.

Yves Bélorgey a consacré sa vie de peintre aux grands ensembles. On a vu plus aguichant, plus pittoresque, mais le peintre montreuillois a cette passion chevillée au corps. Il a beau en parler de façon froide, analytique, aucun artiste n’a su comme lui incarner la singulière beauté des immeubles modernistes qui prolifèrent dans les périphéries urbaines. Sa double exposition à Toulouse en offre une nouvelle preuve. Voilà deux ans que Bélorgey s’est attaché à dépeindre le quartier du Mirail, répondant à l’invitation de résidence de Christian Bernard, son fidèle soutien. Il s’y était déjà arrêté en 2000, deux toiles en témoignent. Cette commande, prolongée par la pandémie, lui a permis d’en arpenter le moindre recoin, d’apprendre à l’estimer. Et de peaufiner aussi une toute nouvelle technique : « Plus de pinceau, plus de liquidité : j’utilise du pigment pur, sec. Cela donne une texture très belle, veloutée, une brillance paradoxalement presque liquide, dont le mystère me touche. »

Tour du monde des banlieues

Mais cette déconcertante obsession pour les grands ensembles, comment est-elle née ? Il en parle comme d’une révélation, survenue peu après ses études à la Villa Arson de Nice : « En 1993, j’étais à Marseille, dans un atelier très inconfortable ; je revenais d’Allemagne, et cela faisait des années que je galérais sans savoir que faire. Je me suis alors mis à peindre l’immeuble où j’ai passé mon enfance, dans une petite ville proche de Lyon, avec sa vue sur les Alpes qu’aimaient tant mes parents. Et j’ai pris d’un coup la décision de dresser une archive des grands ensembles. » A cette époque, ces édifices sont considérés comme des monstruosités urbanistiques, le témoin des faillites de l’idéal moderniste. « Mais moi je me souvenais de l’utopie sociale qui les a fait naître, plaide-t-il. Ces immeubles offraient enfin au plus grand nombre l’accès à la lumière, à l’espace, à la nature. Le problème est que beaucoup ont depuis été abandonnés. »

Les grands ensembles sont devenus verrues : c’est quand les espoirs déchantent que Bélorgey décide de les chanter

Les grands ensembles sont devenus verrues : c’est quand les espoirs déchantent que Bélorgey décide de les chanter. Il part à travers le monde pour les arpenter. La Courneuve, Barcelone, Marseille, les Olympiades, à Paris (13e), et puis Moscou, « voyage très important, tant cette architecture est liée au rêve constructiviste » ; Chicago, Glasgow, la « muraille de Chine » de Saint-Etienne, aujourd’hui détruite, et encore Varsovie, Caracas, ou Kiruna, au-delà du cercle polaire, puis Tbilissi et ses façades customisées d’extensions illégales… Aucune photo ne pourrait égaler cet étrange tour du monde des banlieues : « Tous mes tableaux sont question de peinture, et naissent d’une expérience de la perception. »

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