Zabou Breitman fait coup double à Avignon

Zabou Breitman est en mouvement permanent. « Je m’arrêterai quand je serai morte », assure-t-elle en sortant du Théâtre du Chêne noir d’Avignon. Dans ce lieu pionnier du Festival « off », la comédienne ouvre et ferme chaque jour la programmation. A 10 heures, elle met en scène Thélonius et Lola, une bouffée d’humanisme et de poésie pour tout public. A 21 h 30, elle fait revivre la nouvelliste américaine Dorothy Parker (1893-1967) dans un nouveau seule-en-scène sobrement intitulé Dorothy. Un grand écart à son image, celle d’une artiste à l’éclectisme assumé, à la liberté chevillée au corps, qui n’a jamais oublié ce que lui disait son père, le scénariste et comédien Jean-Claude Deret : « Si on n’a pas de projet, on meurt. »

Zabou Breitman dans son seule-en-scène « Dorothy », au Théâtre du Chêne noir, à Avignon, en juillet 2021.

Bientôt quarante ans que Zabou Breitman a Dorothy Parker « dans la tête ». En 1982, elle avait joué La Vie à deux, recueil de nouvelles de la poétesse new-yorkaise adapté par Agnès de Sacy. C’est après l’avoir découverte dans cette pièce que le metteur en scène Roger Planchon lui proposera de jouer Angélique dans Georges Dandin (1987), de Molière. La carrière théâtrale de « Zabou » sera alors lancée. « Le temps passant, l’idée de m’emparer de Dorothy Parker, cette figure féminine hors norme, est ressortie, avec l’envie de faire revivre sa mémoire », explique-t-elle.

Parce que Dorothy Parker était « une aventurière », connue pour sa liberté de ton et de pensée, la comédienne a voulu tenter « l’aventure » de faire « tout toute seule ». Sa toute nouvelle création, lancée à Avignon, a des allures de performance. Sur scène, c’est elle qui, au fur et à mesure de son récit, organise le décor, règle les lumières, lance le son. Un challenge judicieux mais parfois acrobatique qu’elle sait devoir affiner et perfectionner au fil des représentations.

Poétique, drolatique et dramatique

Dans une sorte de one-woman-show à dimension théâtrale, Zabou Breitman joue sur plusieurs registres. La comédienne alterne l’adresse directe au public – racontant le rocambolesque itinéraire des cendres de Dorothy Parker, mais aussi l’Amérique des années 1920, celle de la prohibition, de la survenue de la grippe espagnole, de l’accès des femmes au droit de vote – et l’interprétation dialoguée de cinq savoureuses nouvelles de la romancière américaine.

Multipliant les costumes, jouant des claquettes, occupant avec aisance le plateau, on sent le plaisir que Zabou Breitman prend à raconter et à incarner ce personnage à la fois poétique, drolatique et dramatique. « C’est aussi une sorte d’hommage à ma mère. Il y a quelque chose de dévasté, de sombre et de rebelle chez Dorothy Parker », confie, hors scène, la comédienne.

Il vous reste 36.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.