Ziad Alissa et Raphaël Pitti : « Les conséquences de la fermeture du dernier couloir humanitaire syrien seraient terribles »

Tribune. D’ici au dimanche 11 juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies fera face à un choix crucial. Pour les millions de Syriennes et de Syriens qui subissent les conséquences de dix ans de guerre, cette décision est vitale au sens premier du terme : elle aura raison, ou non, de leur vie.

Elle conditionnera l’acheminement de l’aide humanitaire internationale dont dépendent 75 % de la population pour leurs besoins les plus fondamentaux : s’alimenter, se soigner, se loger. En Syrie, la guerre dévaste tout depuis dix ans, éducation, santé, eau, assainissement, entraînant pauvreté, précarité, misère… Dix ans de conflit qui ont pulvérisé tous les chiffres des pires catastrophes humanitaires depuis la Seconde Guerre mondiale.

Détresse, malnutrition

La résolution 2165 adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies, en juillet 2014, permettait aux agences humanitaires de l’ONU et à leurs partenaires d’acheminer de l’aide sans l’autorisation préalable des autorités syriennes à travers plusieurs points de passage. Une résolution qui a toujours été remise en cause, notamment avec le bombardement de convois humanitaires et la réduction à un seul point de passage en juillet 2020 − avec la suppression des postes-frontières d’Al-Yarubiyah vers l’Irak, d’Al-Ramtha vers la Jordanie et de Bab Al-Salamah vers la Turquie, et le maintien d’un seul accès à Bab Al-Hawa, à la frontière turco-syrienne, pour un an.

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Cette semaine se joue donc le renouvellement de cet unique point de passage. A ce jour, près de mille camions de l’ONU transitent chaque mois par ce couloir, afin de délivrer médicaments, nourriture, vaccins, abris, eau, installations sanitaires, etc. Le point de passage de Bab Al-Hawa est la dernière porte d’accès, où passe plus de la moitié de l’assistance humanitaire pour le nord-ouest de la Syrie. Depuis 2014, ce sont près de 50 000 camions qui ont pu transiter grâce à cette résolution. Pour rappel, en Syrie, 13,4 millions de personnes sont en situation de détresse humanitaire, 1 enfant sur 3 est en état de malnutrition…

En tant qu’ONG médicale, nous estimons que les conséquences de la fermeture de ce dernier couloir humanitaire seraient terribles. Il faut rappeler qu’il permet, en outre, l’acheminement des vaccins contre le Covid-19. Notre action humanitaire sur le terrain est interdépendante de l’aide transfrontalière des agences onusiennes.

Ligne rouge

Les discussions, qui ont d’ores et déjà commencé au sein du Conseil de sécurité, voient la Russie − principale alliée du régime syrien − militer pour que l’aide humanitaire transite uniquement via les lignes de fronts  (cross lines), autrement dit, qu’elle soit contrôlée et centralisée directement par Damas sous prétexte de maintenir la souveraineté syrienne.

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